Bref, les Pays-Bas ont été peuplés par des Germains
(1) V. la Table de de Rorgib verbo. Paysierders, (S) 0. F , , Toni. 9 , p. 583 et 588.
DKS DROITS DKS BBL6E8 ET GAULOIS. 169
oomiDe il a été démontré dans la première partie ; la Gaule , avant cette époque , semble avoir été un désert , tout au moins entre la Somme et le Waal , si tous exceptez peu1>-être les bords du Rhin et les côtes maritimes; c'est ce que Tacite parait assez indiquer , lorsqu'il dit . que le Rhin formait une trop feible barrière , pour empêcher que les Germains ne rinssent s'établir dans les Gaules , ou tous les quartiers étaient encore à la merci du plus fort , sans souverain et sans maître , c< quantulùm enim amnù obstabat quominus , ut qtueque « geng évaluerai , oocuparei permuiareique sedes promût c< cuoê adhuc et nuUa regnorwm potentia ddviêas (^). »
Il ne faut pas , toutefois , conclure de là que les Germains et les Belges étaient ou vivaient en peuples nomades , comme plusieurs écrivains Vont cru ; ils vivaient comme les Lapons vivent encore.
Chaque nation occupait seule un vaste territoire, qu'elle aimait à entourer de grands déserts « oivitattbus maœima ce lau8 est^ quam latissimas circum vastatts finibus, eoUtudi^ ce nés habère^)\ » ou à s'environner de peuples moins puissans, qu'elle prenait sous sa clientèle , comme les Nerviens avaient pour diens les Gorduni, les Grudu, les Pleutnosiij les Lewwi et Centrones (^). et que les Trevirois en avaient grand nombi'e; elle circulait tous les ans dans les limites de son territoire , sans en sortir; arrivée dans le nouveau cantonnement, les chefe partageaient aussitôt la totalité des terres agri, entre tous, suivant le nombre des hordes et des familles, gentilms cognationibuique ; celles-ci subdivisaient leur lot entr'elles, suivant le nombre et le rang ou la condition, secundum digna-
(1) Cap. 28. ^ (S) Cm. de B. G. Lib. 6. — [%) Ibid. Lib. 5.
170 ANALYSE DE L*ORIGINS ET DES PEOGRtS
lianetn; l'étendue des champs , camporum^ que chaque nation occupait, suffisait à ce mode de partage et de déplacement annuel ; car quoiqu'ils changeassent tous les ans de terres labourables, arva, il y en avait encore un excédent 0).
L'élégante description que ces deux pères de notre histoire nous ont laissée, dans toute la pureté de la langue latine, en désignant le territoire par ca/mpi^ les terres labourables par agri et les fonds exploités par ctrva, i^evient donc à ceci, que les Germains et les Belges partageaient le pays que chaque nation occupait, en cantonnemens ; qu'ils changeaient de cantonnement chaque année et qu'ainsi , en circulant , ils exploitaient successiyement toutes les terres de leur pays.
L'abbé Lambert dans son Hùtoire générale de totis les Peuplai (2) , décrit la manière de vivre des Lapons , qui est la même; « Les Lapons, dit-il, auxquels depuis 1602, sont ce assignés des districts fixes , changent souvent de demeures ; « mais de manière cependant, qu'ik n'abandonnent pas ence tièrement les premiers endroits pour n'y plus revenir , mais fi ils vont en tournant et font une manière de cercle; les « Lapons des montagnes les quittent quand il n y a plus de c( pâturages et ils y reviennent lorsque les herbes sont grancc'des ; ainsi , il arrive qu'à la fin de l'année , ils ont parcouru a les logemens de l'espace dont ils ont la propriété (^). »
Cœsar attribue à ce déplacement annuel des Belges plu-sieurs motifs politiques; il se peut quil les ait appris d'eux, comme il l'assure; mais quoiqu'il en soit, je pense que le véritable et le seul motif de cette circulation , était le besoin ,
' (1) Taciti, C. â6 ; — Cas. de B. G. Lib. 4 et 6. (â) Tom. 1 , p. 168. — (8) Voyez mon Mémoire sur l'origine de$ Belges»
DES DROITS DES BELGES ET GAULOIS. ^^i
qui chez les sauvages comme chez les peuples civilisés , est un maître impérieux ; car si le besoin des fburages y contraint le^ Lapons, le besoin de vivres y contraignait les Germains et les Belges; ik dédaignaient l'agriculture et ne connaissaient pas les engrais; ils étaient donc forcés de faire leur culture par la voie des jachères, en exploitant chaque année un nouveau champ.
Ainsi ) il y a lieu de s'étonner , qu'à la vue d'une telle organisation de la vie sociale des Germains et des Belges, il se trouve des écrivains estimables, qui mettent en question; si les deux peuples connurent la propriété foncière , à l'époque de la conquête de Caesar ? MM. Des Roches et Yan de Spiegel se sont prononcés pour l'affirmative , mais Waghenaar ne s'en est pas expliqué.
Sans doute , chaque nation avait , en commun , la propriété de tous les fonds de son territoire, puisqu'elle en disposait tous les ans en les partageant, mais c'est là une propriété vmveriitaHs ^ une propriété nationale, dont aucune portion n'appartenait a personne en particulier , et qui , selon Tacite , ab universù occupatur; en effet , comment concevoir le droit de propriété foncière individuelle sur un fond que je n'obtiens que par lot, que je n'occupe qu'un an, et que je ne suis pas même assuré d'obtenir dans le partage suivant; aussi n'y semaient-ils que du bled , sans se soucier d'y faire des jardins ou d'y planter des vergers (0 ; il dit même en termes formels, que leurs troupeaux constituaient leur seule propriété d) , en parlant des Suèves , les plus puissans des Germains , il dit de même : ce ged privait agri apud eos nihil est neque longius anno remanere uno in loco incolendi causa licet. »
(1) Cap. S6. — (2) Solœet gratisêimœopes, C. 5 et Cas. de B. G. Lib. 4.
Ceci n'a rien , qui soit contraire à ce qu'il dit^O, que leurs serfs demeuraient hors de la maison , et que pour toute redevance servile, ils payaient au maître quelques vaches et quelques mesures de froment, car Tacite nous avait déjà prévenu , que ce partage de terres annuel se faisait en raison du nombre des familles et du rang que chacun tenait dans sa cité ; il est donc naturel , que ceux qui avaient les familles les plus nombreuses et le plus grand nombre de serfs , obtinssent un lot proportionné, et que dans la subdivision que le maître en faisait entre sa famille et ses serfs , il donnât une portion de terre de son lot à chaque famille de ses serf« , pour leurs besoins et pour servir, du produit de leur récolte, la redevance en grains que le serf lui devait.
28. Les historiens élèvent encore une autre question, celle de savoir si, au temps de Caasar, les Germains avaient des villes.
Tacite (^), dit sans détour, qu'ils n'en avaient pas, et s'ils n'en avaient pas encore au siècle de Tacite , comment eussentils pu en avoir du temps de Gaesar ?
Cependant , Caesar parle de leurs Urbes et de leurs Oppida, et c'est ce qui a induit M. des Roches à croire qu'ils en ont eu; mais Caesar ne s'est servi de cette dénomination, que dans le sens des Germains , ainsi qu'il le dit lui-même C^) ; car au Liv. 5, il nous apprend ce que les Bretons, qui étaient aussi Germains d'origine , entendent par oppidum : c< oppidum c< ditp-il^ vacant Britanni, quum Silvas impeditas vallo atqub <c FossA HuifivEEVNT. » Us appelaient donc villes ces parties touffues et épaisses de leurs bois et de leurs forêts, qu'ils
(1) Tàotb, C. 25. — (2) G. 16. — (8) Lib. 4, de B. G. ui eit capiuê GermoHorum,
ayaient l'art de rendre impénéti^ables en croisant le tailis^ humilis densaequs Silvœ, et ils en défendaient les abords avec des abbatis et une ciroonTallation , que les Romains n'osèrent pas franchir pour soumettre les Morins et les Ménapiens des deux Flandres(0; en un mot, les Germains croyaient tellement les villes murées incompatibles avec la liberté, que le Bataye Giyilis, en sollicitant ceux de la colonie des Ubii de Cologne d'entrer dans la coalition Belgique contre les Romains^ commença par les inviter à abattre leurs murs, comme monumens de servitude, attendu , que jusqu'aux animaux sauvages perdent le sentiment de leur force , lorsqu'ils sont enfermés C^).
Je m'arrête ici sur le sujet du présent chapitre , parce que je n'ai voulu signaler que les points les plus intéressans qui caractérisaient les mœurs des Germains et particulièrement ceux qui ont prêté matière à la critique ; le détail des autres peut être lu dans Caesar et dans Tacite , qu'il est aisé à chacun de consulter.
Terminons ce premier livre par une observation générale sur les institutions de ces peuples : une idée sublime de la divinité , une religion tellement respectable , qu'elle commandait la foi et la soumission, sans admettre la discussion de ses mystères ; un pouvoir souverain , dont le roi ou une assemblée des députés du peuple était dépositaire, mais subordonné à la sanction du peuple pour les affaires majeures; point d'impôts; des subsides volontaires et individuels ; des administrations locales , librement dirigées par des chefs et des conseillers choisis par les habitans des lieux ; une milice vraiment nationale, dont les cadres étaient formés par les habitans du
(1) (Lu. Lib. 3, de B. G. — (S) Tacitb, Hiêt. Lib. 4, C. 64.
même lieu ^ commandés , jusqu'au grade de capitaine , chacun par son centenier, et les généraux pris dans la nation même ; identité de division personnelle, au civil comme dans le militaire ; exclusion des lâches et infâmes de toute fonction ; assortiment des mariages ; chasteté ; éducation forte et sévère ; respect pour les vieillards, mépris pour les richesses, promesses inviolables; honneur et amour de la liberté surtout : telles étaient les bases du gouvernement des ces peuples, que Ton appelle barbares.
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