‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 8 sur 43 · LACS · texte numérisé non relu

LACS

Voilà cette ile que Tacite dit avoir été occupée un moment par ces Catto-Bataves , en même-temps, {simidque,) qu'ils ont occupé l'extrême frontière des Gaules , qui était déserte ; voilà leur premier établissement; et son récit n'a rien de contradictoire avec ce qu'a dit Gaesar : que la Meuse, regepta quadah PARTE Rheni, qujb appellatcr WoIù, tnstUafn effictt Batavorutn; car Tacite ne dit pas que cette ile , que les Cattes transmigrans ont occupé au moment de leur arrivée, eH l'He des Bataves, ou celle qui a porté ensuite le nom àitle des Bataves; mais il ne dit autre chose , sinon qu'en occupant l'extrême frontière de la Gaule , ils ont occupé en même temps, une tle dont il donne cette description exacte qu'on vient de voir et qui ne s'adapte en aucune manière à Vile vulgaire clés Bataves , dans le quartier de Nimweghen.

Le projet de Tacite n'a donc pas été de donner une descrip-

DE TANGIENNS BELGIQUE. 47

tion de l'tle des BcUa/ves^ mais d'indiquer leur premier établissement, n n'en est pas de même de Csesar; celui-ci a youIu indiquer la situation du territoire qu'on appelait l'ile des BataveSy insulam Batavorum; et il dit : qu'elle se forme par la Meuse , en partant du point où elle reçoit le Waal dont le confluent était , de son temps, dans les environs d'Alphen; il proroge ensuite la limite de cette île par la Meuse jusqu'à la mer ; mais il ne nous donne pas la limite opposée de l'ile des Batayes, et ne dit pas quelle est son étendue le long des côtes de la mer.

Or , Tacite nous la donne , en nous indiquant leur premier établissement , le long de la mer , jusqu'à Katwyck et , par terre , jusqu'à la partie du Rhin qui , quoiqu'appelée aujourd'hui la Leck , oonserrait du temps de Tacite le nom de Rhin jusqu'à la mer : SerDotque nomen , donec Oceano misceatur. Et que l'on ne me soupçonne point d'une interprétation plus subtile que réelle, lorsque je prétends que, dans le texte précité, Tacite n'» pas entendu désigner Vile des Bataves mais seulement une lie de jor^intlsr établissement; car Tacite nous donne , dans un autre endroit (^) , une description exacte de l'tle des Bataves.

« Le Rhin , dit-il , arrive par un seul lit , tout en formant « des ilôts , jusqu'au commencement du territoire des Bata- €i Tes ; là il se divise en deux branches , semblables à des « rivières ; dont l'une , baignant les frontières de la Germanie ce conserve son nom et sa rapidité jusqu'à l'Océan ; l'autre qui « baigne la rive des Gaules , plus large mais moins rapide , « prend le nom de Waal, qu'elle perd aussitôt pour adopter

(1) Annal. Lih. S, C. 6.

« celui de Meuse^ et se jette par une embouchure immense « dans le même Océan (*). w

Il ajoute encore dans le même Océan , eum,dem Oceanum, pour indiquer avec plus de précision ^ qu'il parle de la branche du Rhin qui ya à Katwyck et tombe dans le même Océan dans lequel tombe la Meuse , à la différence de la branche du Rhin qui va, par Amersfbrt , tomber dans la Zuyderzee.

Le texte de Zosime^^), est encore plus décisif pour mon opinion ; il raconte comment les Saxons ayaient envoyé les Qtuideg, qui faisaient partie de leur nation , sur le territoire de l'empire romain. « Et appulsis, dit-il, ad Baiavium. navi- « bus qiuim. divmis Rhenus insulam efficit, quamvis insula « fluminea majorem(3). » L'ile des Batayes était donc une lie qui n'était pas formée par le Rhin et la Meuse ^ mais par deux branches du Rhin , et beaucoup plus grande qu'une 4le de rivière.

Le premier établissement des Catto-Batayes allait donc jusqu'à Katwyck sur mer ; je ne yois pas pourquoi M . des Roches donne pour étymologie à ce nom celui de retraite des Cattes, plutôt que Wyck (yicus ou quartier) des Cattes; car on trouve , sur la même côte , Noord^ Wyck et WyckF-op^Zee qui n'annoncent

(1) « SILIVfl ET ARTITU8 IT CiiaifA FABUCÂIfDJt CLA88I PRJIPOIIUICTUR , timi&l

Batatofum m quam covYBimiiiT riiiDiCTA, ob facilks adpduds agcipibhduqitb

COn» BT TBAHSHITTABBUI AD BBLLDH OPPOBTOBA, BAI RhonuS UDO alveO COIlti-

iiuiu, aut modicas insulas circomTeniens apud prindpium agri Boiavi^ velut in duos amnes dividitur , servatque nomen et violentiam cursus qua Germaniam prœvehitor , doneo Oceano misceaiur; ad Gallicam ripam latior etplaoidior adfluens, veno cognomento. P^ahalim accolœ dicunty mosid quoque vocabulum muiat Mo$à fiumine , yutque immenso ore eumdem in Oceanum effunditur. »

(2) Lib. 8. — (8) i). BocQCET, Tom. 1, p. 579.

DB L*ANCISNNS BELGIQUE. 49

aucune idée de retraite; je sais bien qu'en flamand on a donné quelques fois le nom de Wyck à la retraite d'une armée battue; mais le nom de Wyok, en ce sens, n'a jamais désiré le nom d'un lieu; et d'ailleurs les Catto-Bataves , pour s'y établir , n'ont pas du se battre ; car Tacite dit qu'ils n'ont fait que l'occuper, instdam ocoupavére; et de là à l'île de CadtatU, en Flandre, le trajet était assez court , pour que les Quades de ' Cadsant pussent Tenir faire dans la Batavie les incursions dont Zosime a parlé.

Il aurait été bien plus court encore , puisque les Bataves auraient ét^ en contact avec llle de Cadsant même , si l'on pou- Tait admettre , ce que toutefois je n'affirme pas, qu'ils ont aussi occupé les îles de la Zélande , ou qu'ils lés ont peuplées ; en eflfet , peut on indiquer d'autres peuples qui les aient habitées? et puisque l'pn ne peut pas en indiquer d'autres , ma conjecture dcTient plus probable quand je prouTC , par des raisons plausible^, que les Catto*BataTes ont occupé les îles Beyer-Land, Flackée, Goerée et Yoom; or, Toici mon opinion à cet ég^rd :

Nous Tenons de Toir que Tacite place la pointe orientale^ non pas de VUe €les Bataves mais de l'ager Batavus, c'est-aHiire, du Pays des BataTes , à l'ancien confluent du Waal et de la Meuse près de Drumel et d'AIphen; et , qu'après aToir dit que le Rhin y prend le nom de Meuse , il le conduit jusqu'à la mer par une embouchure immense , immensum os; or , à cette époque , la Meuse, en Tenant d'AIphen et euTcloppant l'île de Bommel, allait par Heusden à la mer et formait, à son embouchure, ces quatre îles appelées encore les bouches de la Meuse y entre la Zélande et la Hollande , dont l'embouchure est Traiment imTnense.

Ceci me fait croire que VAger Batamis a compris tout le

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pays entre le Waal et la yieille Meuse ayec ces quatre iles de son embouchure d'une part , et la branche du Rhin allant d'Amhem , par Utrecht et Woerden , à Katwyck d'autre part. Je ne conteste pas , au reste , qu'on ait appelé toute la surface de ce pays Vtle des Bataves; je le crois même; mais je ne persiste pas moins à croire que ce n'est pas là cette lie dont parle Tacite et que j'ai désignée par ile de premier établissement , entre Rotterdam et Katwyck , celle qui forme encore la Hollande méridionale. Le texte de Pline W me semble pareillement feyoriser l'idée de comprendre ces quatres îles dans nie des Bataves , lorsqu'il dit :

<( RhENUS AB OCCroElITE IN AMNBB KOSAM SE SPAEOIT, tnecUo

« inter hœc ore, modicum nomini êuo custodiens alveum. » Il suit de là, que M. des Roches est dans l'erreur lorsque, dans son Histoire ancienne de la Belgique (^}, il écrit : <c que « les Hollandais de nos jours parlent improprement quand « ils s'appellent Bataves , puisqu'ils demeurent incontestable^ c( ment dans les terres des Canine&tes. » Cette erreur me parait démontrée , quant à la Hollande méridionale , par les preuves que j'ai rapportées , et desquelles il résulte , au contraire , qu'ils sont originairement les véritables et les seuls Bataves.

L'ancienne table de Peutinger est , de plus , en harmonie avec mon opinion puisqu'elle appelle la Meuse , à son embouchure dans la mer, Fïuvitis Patamis ( Batavus ), el que ce surnom de Pat a vus indique assez que c'était là la demeure des Bataves.

D'ailleurs et indépendamment de ces preuves, ce qui m'a

(1) Lib. 4, C. 17. — (î) Lîv. 1, Ch. ».

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toujours frappé et rendu irrecevable le système vulgaire de borner 111e ou pays des Bataves entre le Rhin et la Meuse depuis le fort de Schenck jusqu'à leur confluent près de Crimpen, c'est qu'il me parait inconcevable qu'une peuplade, resserrée dans ces bornes et que la Meuse ne put empêcher d'atteindre , en eut imposé aux Romains jusqu'au point de n'avoir osé en entreprendre la conquête après avoir subjugué toutes les Gaules. Mais lorsque , d'après mon système, l'on voit ces Bataves , couverts de leurs lacs et de leurs marais , occuper toutes les iles de la côte et toute la Hollande méridionale , qu'on les voit conMdérés et réunis aux Canine&tes , qui demeuraient dans la Nord-Hollande et étaient pareillement couverts par des meirs , marais , qui formaient autant dlles : alors on conçoit pourquoi les Romains ont plutôt cherché d'avoir ces deux peuples pour Socii et Amici, que d'aller les combattre dans ces lieux marécageux où toute leur armée risquait d'être submergée.

Des Caninefates. — Je les place , comme on vient de le voir, dans la Nord-Hollande ou Kennemer4and , sur la rive droite du Rhin de Katwyck, et par conséquent touchant aux Bataves ; longeant la mer, d'un côté , l'Yssel et la West-Frise de l'autre , jusqu'à Petten où la rivière Kinhem se jettait dans la mer, après avoir donné à ce pays le nom de Kifiefnaria(^) .

Cette opinion avait été longtemps l'opinion commune , lorsque Cluverius et Alting ont entrepris de la combattre. M. Des Roches a suivi celle de ces deux géographes sans examen; mais je la crois mal fondée d'après la discussion critique que j'ai élevée sur la demeure des Bataves ; car Cluverius

(1) Altiro^ Nota. Germ,

et Alting , pour placer les Caninefates dans la même ile que les Bataves , sur la riye gauche du Rhin moyen qui conduit à Katwyck, se trouyent obligés de placer les Caninefates dans la partie inférieure , depuis le confluent du Rhin et de la Meuse à Crimpen , jusqu'à la mer, et de retenir les Batayes dans la partie supérieure ou quartier de Nimweghen. Or, j'ai démontré que les Balayes, dès leur arriyée, ont poussé jusqu'à la mer ; qu'ils ont occupé toute cette partie sans ayoir eu besoin de combattre ni de chasser aucun peuple , et que certainement on ne peut admettre comme probable , que les Caninefetes , peuple qui égalait les Batayes en yaleur , se soient laissé chasser sans opposition par un peuple transfuge , ou que, par complaisance, ils aient abandonné le quartier fertile de Nimweghen pour aller s'enfoncer inter v€uia^ dans les marais de la Sud-Hollande.

Cette retraite dans la partie inférieure n'est d'ailleurs attestée par aucun historien; elle est même contredite par Tacite qui n'annonce, de la part de ces Catto-Batayes, qu'une occupation paisible et par conséquent celle d'un pays non habité; cette retraite est donc une conjecture bazardée par Cluyerius et Alting , pour co-ordonner leur nouyeau système.

Pline mêmeC) semble assez clairement placer les Batayes et les Caninefates dans deux iles distinctes , et respectiyement à la ligne de la côte maritime , mter Hdium et Flevum; c'est-à-dire , depuis les bouches de la Meuse jusqu'au Ylie ou le Texel ; car il place les Caninefates immédiatement au nord des Batayes , en comprenant l'ile des Caninefates au nombre des sept iles qu'il dit situées inter Helmm et Fïevum; c< in

(1) Lib. 4, C. 17.

c< RHBNO IPSO ) dit-il , PROPi 100 KILLU PA8$0QK IN LONGITUDINEK ,

« noBiLissHA BATATORVK IN9ULA et Comnefcttum et aliœ f&isioruh,

c< CAUCHOBUS , FB181AB0NDK , 8TURIORUH , ■ABSAGIOBUH QUJB Stemun^ c< tur, INTBR HELIUM ET FLETUM ; IN QUiB EFFUBU8 BHBNUS , AB 8EPTBNc< TRIONE IN LACUS , AB OCCIDENTB IN AHNEM SOSAM SE 8PAEGIT, MEDIO « INTEB HJBC ORE , MODIGUM NOXINI SUO CUSTODIENS ALTEUM. »

Ce qui a pu induire ces historiens à placer les Caninefates dans V4le des Bataves c'est que Tacite dit(0 : « Missi ad ce Caninefates, qui concilia sociarent; ea ^eospartem instdœ a colit; » mais ce n'est pas là dire que cette ineula est Ytnsula Baiavarum : eh ! sans doute le Kennemerland formait une île entre le Rhin , le Zuyderzee et l'Océan ; mais les Caninefates n'en occupaient qu'une partie , savoir la côte maritime jusqu'à Petten , puisque l'autre partie , qui bornait le Zuyderzee était habitée par les Frim de la West-Frise.

J'allais donner encore plus de déyeloppemens à mon opinion sur la situation des Caninefates dans le Kennemerland ou la Nord-Hollande, lorsque j'ai trouvé cette opinion victorieusement démontrée et toutes les objections refutées par l'auteur des Antiquités et des anciens établissemens de la Hollande , dans son ouvrage particulier , ayant pour titre : Oudheden en Gestichten van Kennemerland^ AmsteUand, Noard^ffolland en West- Vriesland, traduit du latin avec des remarques par H. y. R., â vol. Je ne puis mieux faire que de renvoyer à cet auteur ceux qui désireraient approfondir davantage cette question.

22. Tout se suit dans notre opinion ; car Pline , en plaçant les Caninefates après les Bataves , nomme . immédiatement

(1) Lib. 4, C. 1», Hiêi.

après les Caaioefetes llle des Frisii ou Frisons qui forme la West-Frise ; et , après ceux-ci , les des des Gauches , des Frisiahùns, des Sturiens et des Marsaces ^ mais, par cette classification , il pourrait feire naître de l'embarras s'il n'ajoutait : que toutes ces ilês longent, Stemuntur^ la côte depuis les bouches de la Meuse jusqu'au Vlie, tnter Hélium et Flevum; car il est certain que le pays des Gauches n'a été circonscrit dans aucune de ces îles , comme on le verra tantôt , puisqu'ils s'étendaient par une ligne courbe , jusqu'aux Cattes dans la Westphalie , tout en touchant aux Frisons et en occupant même une partie de la côte maritime ; c< quamvis (Cauchorum (( gens) incipiat à Fristis ac partent littoris occupetW* » De sorte que les Gauches , tout en formant une nation continentale mais aboutissante à la mer, occupaient une portion de ces îles qui existent encore en partie , mais en plus grande partie submergées , et forment ces grands bancs qui existent entre le Zuyderzee et la côte du Texel. Ainsi, par ïnsulœ Gauchorumj Frisiorum, Frisiabonum, etc. Pline n'a pas youlu dire que ces îles formaient le siège de ces nations , mais seulement que ces îles étaient connues sous le nom de ces peuples , comme leur appartenantes; peut-être même , en semblant placer 111e des Caninefates avec celle des Bataves in ipso Rheno, a-t^il eu en Tue la branche du Rhin connue plus tard sous le nom de l'Yssel , File des Caninefates y formait une île du Rhin , in ipso Rheno, entre l'Yssel et le Rhin de Katwyck^ à la différence des îles suivantes qui étaient formées par. l'Océan et le Zuyderzee.

J'en dis autant des îles des Frisiabons^ auxquelles Pline

(1) Tagiti, de M. G. G. 35.

DE L'ANCIENNE BELGIQUE. ft5

passe immédiatement après celles des Gauches ; ces Frisiabans sont donc des Frisons proprement dits ou Friêii nuyares, qui touchaient à toutes ces îles submergées , entre Staveren et le Ylie ou l'Océan: et ce qui rend toute cette marche plus unie et plus naturelle , c'est qu'immédiatement après les iles des Frisiabons , Pline passe à celles des Sturiens que , d'un commun accord , tous les auteurs prennent pour Staveren et qui touchent à ces mêmes iles; et qu'en suite il passe des Sturiens aux iles des Marsaciens ou Marges, dont le Mars-diep semble offrir à l'auteur précité des Antiquités du Kennemerland , un vestige non équivoque d'une ile ou demeure des Marses. L'on s'apperçoit , ce me semble , en suivant , avec la carte de la Hollande sous les yeux , l'opinion que je viens d'émettre sur la situation des iles dont parle Pline , que toutes les parties se lient et font suite sans le moindre embarras ni interprétation forcée; tandis que M. des Roches, en plaçant les Caninefetes entre la Meuse et le Rhin, convient lui-même qu'il ne peut déterminer les limites de File des Bataves qu'en prenant les instdœ Caucharum, etc., de Pline, pour le st^e de ces peuples , et en plaçant les Frisiabons et les Sturiens dans le Waterland et la West-Frise , il n'a pas (ait attention que Pline n'a entendu parler que dlles qui longent la côte , quœ sternuntur, mais nullement du siège continental de ces peuples quoique naturellement à portée de leur siège ; et qu'en plaçant enfin les Frisiabons dans la West-Frise il faut placer les Gauches dans la Grande-Frise ou étendre les petits Frisons de la West-Frise dans toute la Grande-Frise , pour faire toucher les Gauches aux Frisons et à la mer, où Tacite les fait aboutir; que, par conséquent, il faut placer ces sept peuples dans des positions qu'on ne saurait accorder avec Tacite , pas même en

56 PRÉCIS TOPOGEÂPHIQUE

donnant au texte de cet ancien auteur une inteiprëtation forcée pour la rendre tant soit peu raisonnable.

Les Frisons sont assez exactement indiqués par Tacite (^J; ils sont partagés en grande et petite Frise , d'après la mesure de leurs forces , tous deux sont ( eu égard aux Gaules et à l'empire romain dans lequel Tacite écnyait) couverts par le Rhin jusqu'à l'Océan^ Rheno prœtexuntwr usque ad Oceanu/m; ils entourent au surplus d'immenses lacs , ambtuntque immen- SOS insuper Uums. Peutp-on y méconnaître la Frise moderne ayec les provinces de Groeningue et d'Over-Yssel qui faisaient partie de la Frise , comme on peut le voir dans Alting , enveloppant avec la West^Frise, ces immenses lacs, depuis Staveren jusqu'à la mer, usque ad Oceanum ? Dans la suite le nom de Vriesen ou Frisons a été donné à tous lés peuples d'entre l'Océan et l'Elbe, suivant l'auteur des Oudheden en Gestichten van VriesUmd; ceci est aussi reconnu par Alting, qui assure que les anciens noms ont disparu pour avoir été fondus dans ceux des Frisons et Saxons; il aurait pu aujouter : et plus tard dans celui des Francs (^).

(1) De M. G. C. 84.

(2) Ces Frisons ont saccessivement demeuré en Flandre , dans le payé de Beveren, près du pays de Waes, car j'ai va un octroi du 8 Septembre 1481, accordé par Philippe-le-Bon pour endiguer les Scores elMoens ^ giêêanê entre Calloo, Verrebrouck et Kieidrecht, dans lequel, la digne de Calloo à Verrebrouck est encore appelée Frieee Dyck ou digue des Frisons, Cet octroi est enregistré à la chambre des comptes à Lille , au régistre^O, commençant de 1429 à 1482 f"* 102 verso, et se trouve par expédition authentique aux archives des digues de Calloo que M. Vanden Bogaerde a eu la complaisance de me communiquer.

Ainsi se comprend comment St. Eloi a pu convertir les Frisons et autres barbares circa maris littora degentes , comme on lit en sa vie , Acta seieeta SS. BeigU. Tom. 8, p. 281.

DS L*ANCIENNB BELGIQUE- 57

23. Les Treviri occupaient , au levant , la province de Luxembourg; s'étendant par Télectorat de Trêves^ jusqu'au Rhin, et comprenant le duché de Deux-Ponts et la partie du Palatinat sur la gauche du fleuve ; au couchant ils se prolongeaient jusqu'à la Meuse et comprenaient , presque en entier, les trois ëvêchés ; au nord ils étaient bornés par quatre petits peuples qui vivaient sous leur protection (0.

24. Caesar les appelle Cairaiso9 , Paimannos , Condrusios et Segnos; j'en parlerai ici à cette occasion.

On a beaucoup disputé sur la situation de ces quatre peuples et l'on appelle communément les deux premières C(urœsos et Pœmannog, sans se rappeler que les Romains ne se servaient point des dyphtongues jb et os , mais qu'ils les exprimaient par atj en prononçant comme y.

Leur situation semble cependant victorieusement déterminée par le père Alexandre Wiltheim, dans ses Annales Maximûmi^) ^ manuscrit, qui a été trouvé dans la bibliothè^ que des jésuites de Luxembourg.

25. n place les Cœrœsi dans le pagus Caros , au nord des Ardennes et sur la rivière le Cher qu'on appelle en latin Cartu et que Yenantius Fortunatus appelle Charis ; cette rivière a sa source à une lieue de Luxembourg, où il y a encore un village appelé, en allemand, Kersen et, en français Charage; il est connu dans un diplôme de Pépin , de Tannée 762, sous le nom de CœrcbS'-cotiw ou Caras^gouto ,

(1) La Tille de Trêves n'était pas le sîëge ou capitale des Treviri, elle ne doit sa naissance qu'à une ùoUmîe Romains ; c'est à Alt-Trier qu'il faut le trouver, comme je l'ai prouvé dans un mémoire inédit.

(2) Lib. S, p. 6, 7 et 8.

58 FliCIS TOPOG&ikPflIQIJE

(gtru, ga, gau, gouto sigmàe Pagtis); et, suivant un diplôme de Lothaire , de l'an 853 , en fayeur de l'abbaye de Prumm , il comprenait Rumersheim , Wattelen , Dorph , Beresbom , Oost et Walmershetm, anciennement WcUlemarù Villa.

Les Pœmanm s'y trouvent placés , par le père Wiltheim , à Marche en Famene; car les lettres F et Ph étaient convertibles (0; et les Condnisu dani^ les environs de Condroz. L'étymologfie favorise cette opinion , qui est d'ailleurs conforme à la situation que Caesar donne à ces deux derniers peuples entre les Eburons, les Ubiens, le Rhin, les Trévirois et les Rhémois(2).

Les Segni sont ordinairement placés du côté de Segne ou Songnez près de Spa ; mais le BoUandiste Henschenius , d'après le père Wiltheim , les place près de Zindioh sur l'Aar, non loin du Rhin, entre Colore et CoblentzC^).

(1) Du Cangi, litU F. — (S) Cjmar, de B. G. Lib. 2.

(S) GauQuitRi, AcUi $el. SS. Be^. Tom. 1 , p. 810 et 81 1. ^ Ce savant jésuite nous apprend que la compagnie n*a pas laissé imprimer les annales du père Wiltheim , quoiqu'elles soient très-précieuses et le fruit d*un demi siècle de travail, parce que leur discordance, en plusieurs endroits avec les jénnales Tréviroiteê de Bioowia , aurait pu reveiller plusieurs anciens procès entre l'archevêque et l'abbaye de St. Maximin heureusement assoupis.

Cette prudence, peut-être cette méfiance , est cause que des chartes sans nombre sont perdues ou ignorées. J'ai vu moi-même, en 1788, toutes les chartes de l'abbaye de Peteghem-lez-Audenaerde , que les religieuses , par un pareil motif avaient refusé de communiquer à Mirœus et à Sanderus ; elles étaient supérieurement bien conservées et les sceaux encore intacts; on a dû les envoyer à la soi-disante Càisêê de R^igian, sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues. 11 s'y trouvait aussi plusieurs joyaux très-curieux d'isabeau de Namur, femme de Guy de Dampierre; ils ont eu la même destination, mais non pas le même sort, car on les a Tendus.

DE L*AKC1KNNB BELGIQUE. 59

26. Les Ubii demeuraient dans le duché de Bergh , où ils étaient tributaires des Suèyes ; le oommeroe , par le Rhin , avec les Romains, et leurs liaisons arec eux les avaient amollis; le Batave Crnlis les traitait d'âmes serviles, servientium animœ; chassés enfin par les Suèves, Augruste en fit une colonie Romaine en-deça du Rhin, sous le nom de CoUyiuaAgrtppina, du nom de son Lieutenant-général Agrippa ^) ; c'est aujourd'hui Cologne \ et ils étaient déjà devenus assez courtisans pour s'en faire honneur!

27. Les Stcambres ont demeuré dans Tévéché de Munster, d'où ils faisaient sans cesse des irruptions dans, la Belgique. Auguste les défit et en transplanta un grand nombre dans la Belgique , comme il a fait des Suèves et des Cottes (^).

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