‹ Œuvres complètes de J. H. Raepsaet (volume 3)Chapitre 7 sur 43 · Mais Pline (0 place encore à côté des Bsthasii, un autre · texte numérisé non relu

Mais Pline (0 place encore à côté des Bsthasii, un autre

peuple qu'il appelle Leuci liberi.

Aucun historien ne donne des notions sur ce peuple , pas même les BoUandistes , à la sagacité desquels il a échappé si peu de choses.

Serait-ce là le pwy9 de lÀége, qui , dans le martyrolog;e MSS. de S. Lambert, est appelé Legia, et dans un diplôme du roi Suentebold , de l'année 889 , Pagu9 Leuga (M ? On l'appelle en flamand 't Luykêche ou 't land tan Luych, et, si les étymologies des mots teutoniques, comparés aux nôtres, ont quelque mérite , les mots Legia et Liège, Leuoi et Luyk$che, présentent une assez heureuse analogie.

Je conyiens cependant que , dans la notitia proyingiaruh , la cifntas Leucorum signifie Toul, mais il se peut qu'il y ait eu deux peuples du même nom , la transmigration des Germains ayant été progressive \ on peut voir dans mon Mémoire sur V origine des Belges, combien de lieux portent le même nom; il en est de même des rivières : YAlb et XElbe portent le même noxxxài Albis j et il y a deux rivières qui s'appellent iîAtn^ etc. (^).

15. Après ce que je yiens de dire, il reste peu d'observations à faire sur les Atnbivarites .

Les Affibivarites , selon l'opinion générale, occupaient du temps de Caesar et avant sa conquête, le pays situé entre Anvers , Berghen-op-Zoom , Breda et Bois-le-Duc; mais nous venons de voir, qu'après la mort de Caesar, les Taœandri ont occupé ce même pays; le nom de Tctœandri était un nom général , comprenant plusieurs génies ou peuplades comme nous l'apprend Pline : Taxandri variis nominilms ; il s'éten-

(1) Ai^a êei. SS. Bàlg. Tom. 1 , p. 847.

(2) Au reste, Tapplication que je fais de Leuci liberi aux Liégeaiê, n'est qu'une conjecture , et rien ne parait s'opposer d'entendre par ce nom ceux de Toul.

38 PRtClS TOPOGRAPHIQUE

daient jusqu'à l'Escaut, à Socddi extera; on ne trouye point que les Amhivarites aient été exterminés ou expulsés de leur patrie; il est donc tout naturel d'en conclure , qu'après l'arrivée des Tungrt dans les Gampines et lorsque tout ce pays eut pris le nom général de TaùMmària, les Ambivarites n'auront plus été connus que sous le nom général de Taxandri.

16. En somme et à la rigueur, je ne suis pas éloigné de croire que le nom général de Tungri n'a été commun qu'à ces génies variù nominibus, qui composaient le corps des Taxandri et occupaient toute la surface des Gampines Brabançonnes et Hollandaises , et que , du moins du temps de Tacite , les Beiham et les Sundci qui occupaient les Gampines Liégeoises , n'étaient pas compris sous le nom de Ttungrt; parce que Tacite, en nommant les peuples que Labeo appela à son secours , distingue les Bethasit et les Suntci, des Tungri, et ne nomme pas les Taxandri, preuve d'autant plus décisive , qu'il] a entendu par Tungri toutes les gentes des Taxa/ndri, si les Tungri y d'après l'opinion ci-dessus émise , ne formaient point un peuple particulier.

Quoiqu'il en soit de l'exactitude des limites de ces anciens peuples, il est plus curieux qu'utile de les rechercher; car quelque plausibles que puissent être les raisons que chaque écrivain allègue en faveur de son opinion , il est peut-être impossible de l'amener à un degré de certitude. Il me semble en e£fet que Tacite donne assez à connaître que , de son temps, tout le pays , situé entre la Dyle , la Meuse . le Waal et l'Escaut , était encore un désert sans aucune délimitation intérieure , et dans lequel ces peuplades venaient s'établir et circulaient , la plus forte y prenant ce qui était à sa convenance; changeant, abandonnant et occupant des contrées au gré de sa convoitise

DE L'AHJCISNNE BELGI^UB. 30

OU de ses besoins. Çtiantulum enim, dilril , omnif (le Rhin). obitabat y quominus, ut quœqus gens évaluerai, oocuparei permu4aretque sedesy promùcuas adhuc, et nuUa regnarum potentia ddvi$as (^).

On ne se forme d'ailleurs qu'une idée confuse de l'ancienne topographie des Pays-Bas , en chargeant sa mémoire de tous ces détails ; il vaut mieux s'en former une idée claire , nette et précise en n'ayisageant le pays que sous le rapport des parties principales de sa division ; en ce sens , l'on peut prendre toute la partie que nous venons d'indiquer pour une partie principale et la réduire à ces deux points.

1® Du temps de Cœsar , les Eburons , Attuatiques et Ambivarites occupaient tout le pays situé entre la Senne , la Meuse ^ le Waal et l'Escaut.

â*> Depuis Caesar et avant que la Belgique n'eût été organisée à la romaine , par métropole , tout ce même pays a été occupé par divers peuples sous le nom général de Tungri.

17. Les Ménapiens offrent une situation plus certaine; originairement ils ont demeuré entre le bas-Escaut et la basse- Meuse ; mais en ayant été expulsés par d'autres peuples Germaniques , Caesar les trouva déjà établis sur la rive gauche de l'Escaut dans une grande partie de la Flandre. Tournai était dans la Ménapie et en devint sous les Romains la métropole, comme elle l'a été longtemps sous les Francs; c'est une erreur qui ne se réfute plus que d'en faire une ville des Nerviens (^). La ville et l'abbaye de St. Amand étaient même dans la Ménapie , inter Menapiorum fines , comme nous l'avons vu par Philippus Abbas.

(1) De M. G. C. 28. — (2) AcU» sel. SS. Be!g, Tora. 1, p. 455.

40 PRiCIS TOPOGRAPHIQUE

Le pays des Ménapiens comprenait Tournai et le Tournésis; les yilles et châtellenies de Lille , de Courlrai , d'Audenaerde , de Bruges , de Gand ; le pays de Waes , celui de Termonde sur la £puche de l'Escaut, et les quatre Offices {Ambaohten) d'HuIst, Axel, Bouchante et Assenede(0.

C'est là la circonscription de l'ancien diocèse de Tournai ; car on y trouve compris, encore en 1200 et en 1377, Jsen^ dycke, St. NtcoUts à Hcvm&ren, Elmeteren, Rotders, Oo$t^ manskerke, St. JansSchaondyck, Biervliet, Pieté , sainte Catherine près d'Oostbourg ^ Bouchante^ Wolmersberg , Hamergate y sainte Cruys , Gattenesse , Zegerwolghe , qui étaient alors tous inondes (^). Plus encore : Scheldeveld, Bus^ camveldy Aesschoot aujourd'hui Wasrschoot, Waes ^). Dans un acte de donation , £aite par Charles le Chauve à l'abbaye de St. Amand, en 847, et rapportée par D. Bouquet (^) ; il lui donne les villas de Roulers , Ha/rdoye , Couckelaere ^ Lede , Recolwingahem j Coolscamp, Winghene, Bemhem et Bona/rt, tous situés entre Courtrai et Bruges, in tbrritorio Menapiorum, QUOD nunc Mempiscum vocart.

L'on voit pai* là que la circonscription de l'ancien diocèse de Tournai s'accorde avec la circonscription civile de l'ancien pays des Ménapiens.

18. J'ai déjà posé cette règle de critique et je la justifie ici en peu de mots.

Elle est d'abord reconnue et justifiée par le fait ; tous les meilleurs historiens en conviennent. Elle lest aussi par la raison.

(1) Dis Rocbis, Histoire de l'ancienne Belgique, et son Mém. couronné en 1770.

(2) Cousin , Histoire de Tournai. Ch. 59 , part. 1 , Mitbm , Annal, (8) Ibid., Gh. 11 , p. 2. — (4) Tom. 8, p. 4».

DE L*AlfCIENNE BELGIQUE. 41

La circonscription des diocèses et des cures n'a été faite que par Charlemagne (0 ; nos premiers évéques ont été ce qu'on appelle RSgtannatres, des apôtres envoyés pour prêcher l'Eyang^ile m partilms infideltufn; la preuve en est dans la vie des SS. Willebrord ^ Lievin, Macaire , Eloy, Boniface, etc.; ils prirent donc le titre d'éyéque du peuple chez lequel ils étaient établis ou vers lequel ils étaient envoyés ; le lieu de leur résidence eut le titre ecclésiastique de Métropole ; ils étaient donc qualifiés de : MetropoUtanus Rhemorum^ Epù^ copus Tungroru^n, Morinomm; et leur diocèse de : EccleHa Remensis^ Tungrenm, Morinenns^ etc. (^). Ces métropoles étaient subdivisées en civitaies ou diocèses leurs suffiragans. Les Romains ayant conquis ces provinces, qui n'avaient d'autre division topo^phique que par peuples dont le territoire n'était pas délimité , devaient bien l'adopter faute d'en avoir une autre ; ils érigèrent ces métropoles ecclésiastiques en métropoles et civitates civiles , en les distinguant aussi par le nom du peuple de leur ressort respectif.

Ainsi , dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliœ, monument qui e^t réputé du IV^ siècle , on lit :

Metropolis, civitas Remorum,

civitas Airebatum, . . . Tumctcensium ^ . . . Morinorunij

Metropolis, civitas Agripinensium,

civitas Tungrarum.

C'est d'après ces observations que les savans ont cru pouvoir établir pour règle : « qu'on peut prendre les limites des

(1) V. msiDéfenêe de Ch. Afariel. — (2) Décret. Gratiani , distinct. 80.

c< anciens diocèses pour les limites des pays des anciennes « peuplades , » et cette règle est sujette à d'autant moins d'exceptions, que l'Eglise n'a jamais touIu soumettre ia circonscription du ressort spirituel aux mutations yariables du ressort civil et politique (0.

La population du pays des Ménapiens ne répondait point à son étendue; il était couvert de marais et de bois. Dans la confédération générale des Belges contre Caesar, il ne dut fournir que 9000 hommes sur 300,000^ dont était forte l'armée confédérée.

19. Les Morins demeuraient dans la partie de la Flandre qu'on appelait autre fois West-Fïandre ou Flandre maritimes leur pays formait l'ancien diocèse de Terouane , dont l'éyéque était encore connu dans le XYI^ siècle , sous le titre à'Episcopui Morinensis et son diocèse sous celui d'Ecclesia Morinensis. Charles-Quint fit raser la ville en 1553 , époque perpétuée par ce chronograme :

DeLetI MorInI.

L'évêché fut supprimé par l'érection des nouveaux évédiés dans les Pays-Bas au XVI^ siècle.

20. Passons maintenant aux peuples qui , demeurant sur la droite du Waal ne faisaient pas partie de la Belgique , et ont eu néanmoins une liaison plus ou moins intime avec les Belges ; la plupart font présentement pailie du royaume des Pays-Bas.

âl. Les Bataves et Caninefates se présentent les premiers, tant sous le rapport de leur proximité que sous celui du

(1) Décret. Gratiani, distinct. 10, C. 1.

DE L*ANCIllfKB BELGIQUE. 43

courage et de la puissance. Tacite, après avoir indiqué les peuples qui occupaient les bords du Rhin , ajoute : atnmum harum gentium virtute prœcipui Batam (0 .

Pline (2) , en indiquant les diverses iles qui bordent la côte depuis les bouches de la Meuse jusqu'à l'embouchure du Rhin , parle des iles des Rataves , des Canineiates , Frisons etc. , et dit que ce Yinmla Batavarwm est située in ipso Rheno. » Caesar W , dit que la Meuse , après avoir reçu une partie du Rhin, qui s'appelle le Wcud, forme 111e des Rataves, inmlam efficit Batavorum, et tombe dans l'Océan à 80,000 pas de là.

Tacite (^) écrit , que les Caninefetes partem imulœ colunt, erigina, lingua^ i^tute pares Baiairis; numéro superantur.

Enfin le même historien W , s'explique sur les Rataves ainsi qu'il suit : « Batavi, doneg trans rhenuh agebant , pars cattorvv

<C SBDITIOlfE DOMBSTICA PULS1, EXTREMA 6ALLICA OR JE, VAGUA GULTORIBUS

ce sinudque insulak ihter vada sitam occupa vebb , quam mare c< OGEARUM A FRONTE, RHENUS AHNis tcrgum et lotcra circumluit. »

Voilà tous les témoignages anciens qui doivent servir à fixer la demeure des Rataves et des Caninefates ; cependant Velleius PaterculusW, place les Caninefates dans la Germanie, tandis que Tacite les réunit aux Gaules.

Des auteurs , qui se copient très-souvent les uns les autres , établissent communément Vtle des Bataves entre le Rhin et le Waal , et drconscrivent leurs demeures dans les limites de cette île ; d'autres, comme M. des Roches, voyant que Pline (^ place nie des Rataves et des Canindates et les autres iles des

(1) De M. G. a 29. - (2) Lib. 4. C. 15.

(S) Lib. 4, C. 10, de B. G. —(4) Hiêî. lib. 4, C. 15.

(5) Au même livre, C. 12. —(6) Lib 2, C. 105. — (7) Lib. 4, C. 15.

Frisons, des Gauches, des Frisiabons, des Sturiebs et des Marsaciens , m ipso Eheno d'une part , et que d'autre part , du côté de la mer , il les étend inter Helium et Flevum , c'est-à-dire , entre les bouches de la Meuse ou les côtes de la Zélande . et la branche du Rhin qui ya par le Zuyderzee au Texel , divisent cette ile en îles des Batayes l'une propre^ ment et l'autre improprement dites , dont celle-ci est la plus étendue ; et , assignant aux Batayes la partie supérieure dans les provinces de Gueldre et d'Utrecht , ils font reculer vers la partie inférieure les Caninefates et contestent aux Hollandais d'aujourd'hui l'honneur de descendre des Batayes , en les fai<* sant descendre des Caninefetes; quoique d'ailleurs ceux-ci ne dussent, suivant Tacite, céder aux Bataves que sous le rapport du nombre.

Quant à moi , je ne trouve pas ces systèmes d'accord avec le rapport des historiens que je viens d'invoquer; voici mon idée.

Les Bataves , consistant en une portion des Cattes kbluioghes connus aujourd'hui sous le nom de Catzenelbogen j sur la droite du Rhin dans le comté de Nassau , furent chassés de leur patrie a la suite d'une guerre intestine; obligés de chercher un asile et d'ailleurs assez nombreux , ils n'ont pu passer le Rhin qu'entre Coblentz et Cologne , puisque les Trévirois du côté de Coblentz , et les Ubiens du côté de Cologne , ne leur eussent pas accordé le passage par leur pays. Le Rhin foimait la limite de la Gaule , eœtrema GaUicœ orœ ; ainsi , à quelque époque que ce passage ait eu lieu , ces Catto-Batavea ont du passer par l'évéché de Cologne vers le duché de Clèves et la Gueldi*e , pour trouver des pays déserts vacua cultorilnu; car, sur la gauche, tous les pays étaient occupés par les Trévirois , les Eburons ( anciennement par les Ménapiens ) ,

D£ TAMaiNNE BELGIQUE. 45

les SuDÎci, les Bethasii et les Tungri. L'eœirémMde la Gaule ne se bornait pas au Waal , mais au Rhin ; c'est ce qu'on parait ne pas aToir assez remarqué. Ils se sont donc étendus , d'une part, dans le pays d'entre la Meuse, qui de Heusden, allait par le Biesbosch se jetter dans la mer, et d'autre part , entre la branche du Rhin qui va d'Arnhem à Rotterdam et est connue sous le nom AeNieuweMaes, Les auteurs conviennent, en efifet , qu'ils ont occupé le pays jusqu'au confluent de la Leck et de la nouvelle Meuse dans l'Alblasser-Wert, puisque c'est cette partie qu'ils prennent exclusivement , mais à tort , pour Vtle des Baîaves.

Mais comment concilier alors ce que dit Tacite en parlant de ces Cattes trànsmdgrcms : qu'après avoir occupé l'extrémité déserte de la frontière de la Gaule ^ ils ont occupé en même temps, simulque, une île que Pline place in ipso Rkeno, laquelle était bornée de front par la m^er, et cernée par derrière et par ses deux côtés par le Rhin : quàh mark ogeanuk à frontey ehenus amhis tergum. et latera circumluitJ

Llle que formait le Waal , la Meuse et la Leck , et qu'on voudrait faire passer pour VUe des Bataves, finit au confluent de la Meuse et de la Leck au-dessus de Rotterdam ; elle ne peut donc pas être de front sur la mer; elle se trouve fermée en partie , d'un côté par le Waal et la Meuse , et de l'autre par la branche du Rhin venant d'Arnhem et de la Leck ; ce n'est donc pas une ile qui , aux termes de Tacite , soit flanquée de ses deux côtés et cernée par derrière par le Rhin ; le système adopté jusqu'ici de placer VUe des Bataves entre le Waal et la Meuse d'un côté et le Rhin de l'autre, depuis le fort de Schenk jusqu'au confluent à Crimpen , n'est donc pas soutenable, puisqu'il est contraire au texte formel de Tacite et de Pline.

ToMi III. 4

46 PRÉCIS TOPOGRAPHIQUK

Mais la description de Vue dont parle Tacite ne convient qu'à la seule ile que forment les deux branches du Rhin, dont l'une ya de Wyck te Deurstede à Katwyck sur mer, et l'autre part du même point et se jette dans la mer sous Rotterdam; cette ile a la mer de front et se trouve cernée, par les deux côtés et au dos, par les deux branches du Rhin; une partie en est encore appelée Rhynland, et nul doute , qu'au temps de Tacite, cette ile ne fut située inter vctda, entre des lacs et des marais ; puisqu'elle présenterait encore la même physionomie sans les écluses et les ouvrages hydrauliques qui ont converti ces marais en fertiles pâturages et désèché ces lacs ; on y trouve, même encore , du côté de Katwyck, ^ympoe/ et Rynsbourg ; et, selon Alting, cette ile est connue sous le nom dUnterlactis Pagtcs , pays d'entre^

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