DES GRANDS-BAILLIS ET DES SOUVERAINS-BAILLIS
36â. Il ne fout pas confondre ces deux officiers ; la création des souverains-baillis ne date que du XIV® siècle , tandis que celle des ^ands-baillis remonte , sous d'autres noms , jusqu'aux Germains ; aussi les fonctions des uns étaient très-différentes de celles des autres.
Lorsque les comtés, avec la juridiction y annexée, furent devenus héréditaires, ces comtes se trouvèrent, quant à l'administration de la justice , dans leur comté , à la place du roi ; ainsi que le roi était juge de tout son royaume , ils l'étaient de tout leur comté ; on les Toit encore exercer ce pouvoir en personne dans les grandes occasions ; mais le gouvernement politique, et d'ailleurs l'impossibilité d'aller tenir encore ces plaids régulièrement , dans tous les comtés , les obligea d'établir de grands et de moindres liéutenans dans les divisions et subdivisions de leur comté.
The Myror, ouvrage du XIII*^ siècle , désigne cette institution en ces termes : « des articles de vieils roys ordinés , (c auxi ordinés fiirent coroners en chescun confié et vtscounté
170 ANALYSE DE L*ORIGINE ET DES PROGRJkS
c( à garder le pays , quant les contes soy démirent des gar^ fi des (0 et baiUifs mirent en lieu de centeniers (^). »
Il rapporte cette institution dès le XIII^' siècle , aux ordonnances des yieux rois.
Le grand coutumier de Normandie , qui nous apprend les usages existans dans les Gaules au X® siècle , est conforme sur ce* point au Myror.
« Justicier est appelé de justice, pour ce qu'il a pouvoir c< de justicier les aultres ; si deyons sayoir que les ungs des « justiciers sont plus haults et les ailltres plus bas ; les plus c( haults sont ceulx à qui le duc a establi à garder sa terre , ce si que aulcun n'est pas dessus eulx fors le duc , en pays qui c< leur est baillé à garder. »
Voilà donc la perpétuation 'de l'organisation germanique et franque : les plus hauts de ces lieutenans sont encore ces principes des Germains et les grafiones ou comités des Francs , qui étaient les juges supérieurs des pagi ou d'une division capitale du pays ; les viscomtes sont évidemment les anciens vicarii, et les baillis remplacent les centeniers.
Ces lieutenans généraux ou coronners , comme ils s'appèlent encore en Angleterre , ne portèrent pas d'abord le titre de bailli; ce titre a été longtemps exclusivement propre à la classe inférieure des juges , puisqu'on voit par le Myror , que les baillis ont remplacé les centeniers, qui sont aujourd'hui les baillis de village ; les places de ces baillis emportaient même une tache de servitude dans l'opinion vulgaire (^).