PARTIE II, LETTRE VIII. SBq
la leur, par conséquent il est superflu de déterminer la sienne. Les syndics ne peuvent pas tout sans le Conseil , mais le Conseil ne peut rien sans les syntlics; il n'est rien sans eux, il est moins que n'était le Deux-cents même lorsqu'il fut présidé par l'auditeur Sarrazin.
Voilà , je crois , la seule manière raisonnable d'expliquer le silence des édits sur le pouvoir du Conseil ; mais ce n'est pas celle qu'il convient aux magistrats d'adopter. On eût prévenu dans le règlement leurs singulières interprétations , si l'on eût pris une méthode contraire, et qu'au lieu de marquer les droits du Conseil général , on eût déterminé les leurs. Mais pour n'avoir pas voulu dire ce que n'ont pas dit les édits , on a fait entendre ce qu'ils n'ont jamais supposé.
Que de choses contraires à la liberté publique et aux droits des citoyens et bourgeois ! et combien n'en pourrais-je pas ajouter encore ! Cependant tous ces désavantages qui naissaient ou semblaient naître de votre constitution , et qu'on n'aurait pu détruire sans l'ébranler , ont été balancés et réparés avec la phis grande sagesse par des compensations qui en naissaient aussi; et telle était précisément l'intention des médiateurs, qui, selon leur propre déclaration, fut « de conserver à cha- « Clin ses droits, ses attributions particulières pro vête nant de la loi fondamentale de l'état. » M. Micheh Du Cret , aigri par ses malheurs contre cet ouvrage, dans lequel il fut oublié , l'accuse de renverser l'institution fondamentale du gouvernement, et de
SgO LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
dépouiller les citoyens et bourgeois de leurs droits, sans vouloir voir combien de ces droits , tant publics que particuliers , ont été conservés ou rétablis par cet édit, dans les articles iii,iv,x, xi, xii,xxii, XXX, XXXI, XXXII, XXXIV, xLii, et XLiv; sans songer surtout que la force de tous ces articles dépend d'un seul qui vous a aussi été conservé; article essentiel, article équipondérant à tous ceux qui vous sont contraires , et si, nécessaire à l'effet de ceux qui vous sont favorables , qu'ils seraient tous inutiles si l'on venait à bout d'éluder celui-là, ainsi qu'on l'a entrepris. Nous voici parvenus au point important ; mais, pour en bien sentir l'importance, il fallait peser tout ce que je viens d'exposer.
On a beau vouloir confondre l'indépendance et la liberté ; ces deux choses sont si différentes que même elles s'excluent mutuellement. Quand chacun fait ce qu'il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d'autres , et cela ne s'appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d'autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre; et régner, c'est obéir. Vos magistrats savent cela mieux que personne, eux qui, comme Othon, n'omettent rien de servile pour commander ''. Je ne
"^ « En général , dit l'auteur des Lettres , les hommes craignent « encore plus d'obéir qu'ils n'aiment à commander. » Tacite en jugeait autrement , et connaissait le cœur humain. Si la maxime était vraie , les valets des grands seraient moins insolents avec les bourgeois ; et l'on verrait moins de fainéants ramper dans les cours des princes. Il y a peu d'hommes d'un cœur assez sain pour savoir aimer la liberté. Tous veulent commander ; à ce prix , nul ne craint d'o-