PARTIE II, LETTRE VIII
connais de volonté vraiment libre que celle à laquelle nul n'a droit d'opposer de la résistance; dans la liberté commune , nul n'a droit de faire ce que la liberté d'un autre lui interdit , et la vraie liberté n'est jamais destructive d'elle-même. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction; car, comme qu'on s'y prenne, tout gêne dans l'exécution d'une volonté désordonnée.
Il n'y a donc point de liberté sans lois , ni où quelqu'un est au-dessus des lois : dans l'état même de nature , l'homme n'est libre qu'à la faveur de la loi naturelle , qui commande à tous. Un peuple libre obéit , mais il ne sert pas; il a des chefs, et non pas des maîtres; il obéit aux lois, mais il n'obéit qu'aux lois , et c'est par la force des lois qu'il n'obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu'on donne dans les républiques au pouvoir des magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l'enceinte sacrée des lois : ils en sont les ministres, non les arbitres; ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre , quelquejformejgu/ait son gouvernement , quand ^ dans celuijqui^le^ouverne , il ne voit point l'homme , mais rorganejde la loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec ellesjje ne sache rien de plus certain.
béir. Un petit parvenu se donne cent maîtres pour acquérir dix valets. Il n'y a qu'à voir la fierté des nobles dans les monarchies; avec quelle emphase ils prononcent ces mots de seivice et de servir; combien ils s'estiment grands et respectables quand ils peuvent avoir l'honneur de dire, le roi mon maître; combien ils méprisent des républicains qui ne sont que libres , et qui certainement sont plus nobles qu'eux.
Sga LETTRES ÉCRITES DE LA. MONTAGNE.
Vous avez des lois bonnes et sages , soit en ellesmêmes, soit par cela sêî3' cjue^ce' sont des lois. Toute condition imposée à chacun par tous ne peut être onéreuse à personne^ ^t la pire des lois vaut encore mieux ^ue le meilleur maître ; car tout maître a des préférences , et la loi n'en a jamais^
Depuis que la constitution de votre état a pris une forme fixe et stable , vos fonctions de législateur sont finies : la sûreté de l'édifice veut qu'on trouve à présent autant d'obstacles pour y toucher qu'il fallait d'abord de facilités pour le construire. Le droit négatif des Conseils pris en ce sens est l'appui de la république : l'article vi du règlement est clair et précis; je me rends sur ce point aux raisonnements de l'auteur des Lettres , je les trouve sans réplique ; et quand ce droit , si justement réclamé par vos magistrats , serait contraire à vos intérêts , il faudrait souffrir et vous taire. Des hommes droits ne doivent jamais fermer les yeux à l'évidence, ni disputer contre la vérité.
L'ouvrage est consommé, il ne s'agit plus que de le rendre inaltérable. Or l'ouvrage du législateur ne s'altère et ne se détruit jamais que d'une manière ; c'est quand les dépositaires de cet ouvrage abusent de leur dépôt, et se font obéir au nom des lois en leur désobéissant eux-mêmes''.
"■ Jamais le peuple ne s'est rebellé contre les lois , que les chefs n'aient commencé par les enfreindre en quelque chose. C'est sur ce principe certain qu'à la Chine , quand il y a quelque révolte dans une province , on commence toujours par punir le gouverneur. En Europe, les rois suivent constamment la maxime contraire : aussi