PARTIE II, LETTRE VIII. ^l'J
est manifeste à qui connaît l'ordre observé clans ces assemblées. Il faut seulement prendre la précaution <[ue la proposition passe aux voix avant les élections; car si l'on attendait que l'élection fût faite, les syndics ne manqueraient pas de rompre aussitôt l'assemblée, comme ils firent en lySS.
3. Celle de multiplier les Conseils généraux est levée avec la précédente ; et quand elle ne le serait pas , où seraient les dangers qu'on y trouve ? c'est ce que je ne saurais voir.
On frémit en lisant l'énumération de ces dansers dans les Lettres écrites de la campagne^ dans l'édit de 1 7 1 2 , dans la harangue de M. Chouet : mais vérifions. Ce dernier dit que la république ne fut tranquille que quand ces assemblées devinrent plus rares. Il y a là une petite inversion à rétablir. Il fallait dire que ces assemblées devinrent plus rares quand la république fut tranquille. Lisez, monsieur, les fastes de votre ville durant le seizième siècle. Comment secoua-t-elle le double joug qui l'écrasait? comment étouffa-t-elle les factions qui la déchiraient? comment résista-t-elle à ses voisins avides , qui ne la secouraient que pour l'asservir ? comment s'établit dans son sein la liberté évangélique et politique ? comment sa constitution pritelle de la consistance? comment se forma le système de son gouvernement ? L'histoire de ces mémorables temps est un enchaînement de prodiges. Les tyrans, les voisins, les ennemis, les amis, les sujets,les citoyens, la guerre, la peste, la famine, tout semblait concourir à la perte de cette mallieu-
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rense ville. On conçoit à peine comment un état déjà formé eût pu échapper à tous ces périls. Non seulement Genève en échappe, mais c'est durant ces crises terribles que se consomme le grand ouvrage de sa législation. Ce fut par ses fréquents Conseils généraux % ce fut par la prudence et la fermeté que ses citoyens y portèrent , qu'ils vainquirent enfin tous les obstacles, et rendirent leur ville libre et tranquille, desujette et déchirée qu'elle était auparavant ; ce fut après avoir tout mis en ordre au-dedans , qu'ils se virent en état de faire au-dehors la guerre avec gloire. Alors le Conseil souverain avait fini ses fonctions; c'était au gouvernement de faire les siennes : il ne restait plus aux Genevois qu'à défendre la liberté qu'ils venaient d'établir, et à se montrer aussi braves soldats tn campagne qu'ils s'étaient montrés dignes citoyens au Conseil: c'est ce qu'ils firent. Vos annales attestent partout l'utilité des Conseils généraux; vos messieurs n'y voient que des maux effroyables. Ils font l'objection , mais l'histoire la résout.
4. Celle de s'exposer aux saillies du peuple, quand on avoisine de gi^andes puissances, se résout de même. Je ne sache point en ceci de meilleure réponse à des sophismes que des faits constants. Toutes les résolutions des Conseils généraux ont
"■ Comme on les assemblait alors dans tous les cas ardus , selon les édits, et que ces cas ardus revenaient très -souvent dans ces temps orageux , le Conseil général était alors plus fréquemment convoqué que n'est aujourd'hui le Deux - cents. Qu'on en juge par une seule époque. Durant les huit premiers mois de l'année i54o, il se tint dix-huit Conseils généraux ; et cette année n'eut rien de plus ex. traordinaire que celles qui avaient précédé et que celles qui suivirent.