‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 123 sur 150 · PARTIE II, LETTRE VIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VIII

obligé de rendre au suppliant la justice qu'il demande , et le Conseil de faire droit sur les représentations des citoyens et bourgeois. Quoique les magistrats soient les supérieurs des particuliers, cette supériorité ne les dispense pas d'accorder à leurs inférieurs ce qu'ils leur doivent; et les termes respectueux qu'emploient ceux-ci pour le demander n'otent rien au droit qu'ils ont de l'obtenir. Une représentation est , si l'on veut , un ordre donné au Conseil , comme elle est un ordre donné au premier syndic à qui on la présente, de la communiquer au Conseil ; car c'est ce qu'il est toujours obligé de faire, soit qu'il approuve la représentation , soit qu'il ne l'approuve pas.

Au reste , quand le Conseil tire avantage du mot de représentation qui marque infériorité , en disant une chose que personne ne dispute , il oublie cependant que ce mot employé dans le règlement n'est pas dans l'édit auquel il renvoie , mais bien celui de remontrances , qui présente un tout autre sens : à quoi l'on peut ajouter qu'il y a de la différence entre les remontrances qu'un corps de magistrature fait à son souverain , et celles que des membres du souverain font à un corps de magistrature. Vous direz que j'ai tort de répondre à une pareille objection; mais elle vaut bien la plupart des autres.

7. Celle enfin d'un homme en crédit contestant le sens ou l'application d'une loi qui le condamne , et séduisant le public en sa faveur , est telle que je crois devoir m'abstenir de la qualifier. Eh! qui

donc a connu la bourgeoisie de Genève pour un peuple servile , ardent , imitateur , stupide , ennemi des lois, et si prompt à senflammer pour les intérêts d'autrui? Il faut que chacun ait bien vu le sien compromis dans les affaires publiques , avant qu'il puisse se résoudre à s'en mêler.

Souvent l'injustice et la fraude trouvent des protecteurs ; jamais elles n'ont le public pour elles : c'est en ceci que la voix du peuple est la voix de Dieu ; mais malheureusement cette voix sacrée est toujours faible dans les affaires contre le cri delà puissance, et la plainte de l'innocence opprimée s'exhale en murmures méprisés par la tyrannie. Tout ce qui se fait par brigue et séduction se fait par préférence au profit de ceux qui gouvernent; cela ne saurait être autrement. La ruse, le préjugé, l'intérêt, la crainte, l'espoir, la vanité, les couleurs spécieuses , un air d'ordre et de subordination , tout est pour des hommes habiles constitués en autorité et versés dans Fart d'abuser le peuple. Quand il s'agit d'opposer l'adresse à l'adresse, ou le crédit au crédit, quel avantage immense n'ont pas dans une petite ville les premières familles, toujours unies pour dominer, leurs amis, leurs clients, leurs créatures, tout cela joint à tout le pouvoir des Conseils , pour écraser des particuliers qui oseraient leur faire tête avec des sophismes pour toutes armes ! Voyez autour de vous dans cet instant même : l'appui des lois , l'équité , la vérité, l'évidence, l'intérêt commun , le soin de la sûreté particulière , tout ce qui devrait entraîner

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