PARTIE 11, LETTRE TX
l'état ne leur est pas moins soumis que le dernier , aucun ne peut les enfreindre , nul intérêt particulier'ne peut les changer, et la constitution demeure inébranlable.
Mais si au conti-airé les ministres des lois en deviennent les seuls arbitres, et qu'ils puissent les faire parler ou taire à leur gré ; si le droit de représentation , seul garant des lois et de la liberté , n'est qu'un droit illusoire et vain, qui n'ait en aucun cas aucun effet nécessaire; je ne vois point de servitude pareille à la vôtre ; et l'image de la liberté n'est plus chez vous qu'un leurre méprisant et puéril , qu'il est même indécent d'offrir à des hommes sensés. Que sert alors d'assembler le législateur, puisque la volonté du Conseil est l'unique loi ? que sert d'élire solennellement des magistrats qui d'avance étaient déjà vos juges, et qui ne tiennent de cette élection qu'un pouvoir qu'ils exerçaient auparavant? Soumettez -vous de bonne grâce, et renoncez à ces jeux d'enfants, qui, devenus frivoles, ne sont pour vous qu'un avilissement de plus.
Cet état, étant le pire où l'on puisse tomber, n'a qu'un avantage; c'est qu'il ne saurait changer qu'en mieux. C'est l'unique ressource des maux extrêmes ; mais cette ressource est toujours grande, quand des hommes de sens et de cœur la sentent €t savent s'en prévaloir. Que la certitude de ne pouvoir tomber plus bas que vous n'êtes doit vous rendre fermes dans vos démarches ! mais soyez sûrs que vous ne sortirez point de l'abîme tant que vous
serez divisés , tant que les uns voudront agir et les autres rester tranquilles.
Me voici, monsieur, à la conclusion de ces lettres. Après vous avoir montré l'état où vous êtes , je n'entreprendrai point de vous tracer la route que vous devez suivre pour en sortir. S'il en est une , étant sur les lieux mêmes , vous et vos concitoyens la devez voir mieux que moi : quand on sait où l'on est et où l'on doit aller, on peut se diriger sans peine.
L'auteur des Lettres dit que, « si on remarquait « dans un gouvernement une pente à la violence, « il ne faudrait pas attendre à la redresser que la « tyrannie s'y fut fortifiée (page 172).» Il dit encore, en supposant un cas qu'il traite à la vérité de chimère, «qu'il resterait un remède triste, mais « légal , et qui , dans ce cas extrême , pourrait être « employé comine on emploie la main d'un chi- « rurgien quand la gangrène se déclare (page 1 01). » Si vous êtes ou non dans ce cas supposé chimérique, c'est ce que je viens d'examiner. Mon conseil n'est donc plus ici nécessaire ; l'auteur des Lettres vous l'a donné pour moi. Tous les moyens de réclamer contre l'injustice sont permis , quand ils sont paisibles; à plus forte raison sont permis ceux qu'autorisent les lois.
Quand elles sont transgressées dans des cas particuliers , vous avez le droit de représentation pour y pourvoir; mais quand ce droit même est contesté , c'est le cas de la garantie. Je ne l'ai point mise au nombre des moyens qui peuvent rendre