PARTIE I, LETTRE II. 2O
cipe , elle est tolérante essentiellement ; elle l'est autant qu'il est possible de l'être , puisque le seul do^me qu'elle ne tolère pas est celui de l'intolérance. Voilà l'insurmontable barrière qui nous sépare des catholiques , et qui réunit les autres communions entre elles; chacune regarde bien les autres comme étant dans l'erreur ; mais nulle ne regarde ou ne doit regarder cette erreur comme un obstacle au salut ''.
Les réformés de nos jours, du moins les ministres, ne connaissent ou n'aiment pfus leur religion. S'ils l'avaient connue et aimée, à la publication de * mon livre ils auraient poussé de concert im cri de joie, ils se seraient tous unis avec moi, cpii n'attaquais que leurs adversaires ; mais ils aiment mieux abandonner leur propre cause que de soutenir la mienne; avec leur ton risiblement arrogant, avec leur rage de chicane et d'intolérance , ils ne savent plus ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. Je ne les vois plus que comme de mauvais valets des prêtres , qui les servent moins par amour pour eux que par haine contre moi '''. Quand ils auront bien disputé, bien chamaillé,
" De toutes les sectes du christianisme la luthérienne me paraît la plus inconséquente. Elle a réuni comme à plaisir contre elle seule toutes les objections qu'elles se font l'une à l'autre. Elle est en particulier intolérante comme l'Eglise romaine ; mais le grand argument de celle-ci lui manque : elle est intolérante sans savoir pourquoi.
* Il est assez superflu , je crois , d'avertir que j'excepte ici mon pasteur , et ceux qui sur ce point pensent comme lui.
J'ai appris depuis cette note à n'excepter personne ; mais je la laisse, selon ma promesse, pour l'instruction de tout honnête homme qui peut être tenté de louer des gens d'église.
}3ien ergoté, bien prononcé; tout au fort de leur petit triomphe , le clergé romain , qui maintenant rit et les laisse faire , viendra les chasser, armé d'arguments ad hoininem sans réplique; et, les battant de leurs propres armes, il leur dira : « Cela va bien ; K mais à présent ôtez-vous de là , méchants intrus « que vous êtes ; vous n'avez travaillé que pour cf nous. » Je re\àens à mon sujet.
L'Eglise de Genève n'a donc et ne doit avoir , comme réformée , aucune profession de foi précise, articulée, et commune à tous ses membres. Si l'on voulait en avoir une , en cela même on blesserait la liberté évangélique , on renoncerait au principe de la réformation , on violerait la loi de l'état. Toutes les Églises protestantes qui ont dressé des formules de profession de foi, tous les synodes qui ont déterminé des points de doctrine, n'ont voulu que prescrire aux pasteurs celle qu'ils devaient enseigner, et cela était bon et convenable. Mais si ces Églises et ces synodes ont prétendu faire plus par ces formules, et prescrire aux fidèles ce qu'ils devaient croire; alors, par de telles décisions, ces assemblées n'ont prouvé autre chose, sinon qu'elles ignoraient leur propre religion.
L'Église de Genève paraissait depuis long-temps s'écarter moins que les autres du véritable esprit du christianisme, et c'est sur cette trompeuse apparence que j'honorai ses pasteurs d'éloges dont je les croyais dignes; car mon intention n'était assurément pas d'abuser le public. Mais qui peut voir aujourd'hui ces mêmes ministres, jadis si coulants