PARTIE 1, LETTRE II
et devenus tout-à-coup si rigides, chicaner sui l'orlhodoxie d'un laïque, et laisser la, leur dans une si scandaleuse incertitude? On leur demande si Jésus-Christ est Dieu, ils n'osent répondre; on leur demande quels mystères ils admettent, ils n'osent répondre. Sur quoi donc répondront-ils, et quels seront les articles fondamentaux , différents des miens , sur lesquels ils veulent qu'on se décide , si ceux-là n'y sont pas compris?
Un philosophe jette sur eux un coup d'œil rapide : il les pénètre, il les voit ariens, sociniens : il le dit, et pense leur faire honneur; mais il ne voit pas qu'il expose leur intérêt temporel , la seule chose qui généralement décide ici-bas de la foi des hommes.
Aussitôt, alarmés, effrayés, ils s'assemblent, ils discutent , ils s'agitent, ils ne savent à quel saint se vouer ; et après force consultations ", délibéraiions, conférences, le tout aboutit à un amphigouri où l'on ne dit ni oui ni non , et auquel il est aussi peu possible de rien comprendre qu'aux deux plaidoyers de Rabelais*^. La doctrine orthodoxe n'est-elle pas bien claire, et ne la voilà-t-il pas en de sûres mains?
Cependant, parce qu'un d'entre eux, compilant force plaisanteries scolastiques , aussi bénignes qu'élégantes, pour juger mon christianisme, ne
" « Quand on est bien décidé sur ce qu'on croit, disait à ce sujet « un journaliste, une profession de foi doit être bientôt faite. »
^' Il y aurait peut-être eu quelque embarras à s'expliquer plus flairement sans être obligé de se rétracter sur certaines choses
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aïO LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
craint pas d'abjurer le sien; tout charmés du savoir de leur confrère , et surtout de sa logique , ils avouent son docte ouvrage , et l'en remercient par une députation. Ce sont en vérité de singulières gens que messieurs vos ministres; on ne sait ni ce qu'ils croient, ni ce qu'ils ne croient pas; on ne sait pas même ce qu'ils font semblant de croire : leur seule manière d'établir leur foi est d'attaquer celle des autres: ils font comme les jésuites, qui, dit-on, forçaient tout le monde à signer la constitution, sans voidoir la: signer eux-mêmes. Au lieu de s'expliquer sur la! doctrine qu'on leur impute, ils pensent donner le change aux autres Églises, en- cherchant querelle à leur propre défenseur; ils veulent prouver par leur ingratitude qu'ils n'avaient pas besoin de m^> soins , et croient se montrer assez orthodoxes en sie^montrant persécuteurs.
De tout ceci je conclus qu'il n'est pas aisé de dire en quoi consiste à Genève aujourd'hui la sainte réformation. Tout ce qu'on peut avancer de certain sur cet article, est qu'elle doit consister principalement à rejeter les points contestés à l'Eglise romaine par lés premiers réformateurs , et surtout par Calvin. C'est là l'esprit de voti'ê institution; c'est par là que vous êtes un peuple libre , et c'est par ce côté seul que la religion fait chez vous partie de la loi de l'état.
De cette première question je passe à la seconde, et je dis : Dans un livre où la térité, l'utilité, la nécessité de la religion en général est établie avec la plus grande force, où, sans donner au-