‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 31 sur 150 · PARTIE I, LETTRE II. ll'J · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II. ll'J

« Dieu ne révèle pas sa volonté immédiatement « à tons les hommes; il lein- parle par ses envoyés, « et ces envoyés ont pour preuve de leur mission « les miracles: donc quiconque rejette les miracles « rejette les envoyés de Dieu; et qui rejette les « envoyés de Dieu rejette la révélation : or Jeance Jacques Rousseau rejette les miracles. »

Accordons d'abord et le principe et le fait comme s'ils étaient vrais : nous y reviendrons dans la suite. Cela supposé , le raisonriement précédent n'a qu'un défaut, c'est qu'il fait directement contre ceux qui s'en servent: il est très-bon pour les catholiques, mais très-mauvais pour les protestants. Il faut prouver à mon tour.

Vous trouverez que je me répète souvent; mais qu'importe? Lorsqu'une même proposition m'est nécessaire à des arguments tout différents, dois-je éviter de la reprendre? Cette affectation serait puérile. Ce n'est pas de variété qu'il s'agit , c'est de vérité, de raisonnements justes et concluants. Passez le reste , et ne songez qu'à cela.

Quand les premiers réformateurs commencèrent à se faire entendre, l'Eglise universelle était en paix; tous les sentiments étaient unanimes; il n'y avait pas un dogme essentiel débattu parmi les chrétiens.

Dans cet état tranquille, tout-à-coup deux ou trois hommes élèvent leur voix, et crient dans toute l'Europe: Chrétiens, prenez garde à vous, on vous trompe, on vous égare, on vous mène dans le chemin de l'enfer : le pape est l'antechrist, le suppôt

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de Satan ; son Église est l'école du mensonge. Vous êtes perdus si vous ne nous écoutez.

A ces premières clameurs, l'Europe étonnée resta quelques moments en silence, attendant ce qu'il en arriverait. Enfin le clergé , revenu de sa première surprise, et voyant que ces nouveaux venus se faisaient des sectateurs , comme s'en fait toujours tout homme qui dogmatise, comprit qu'il fallait s'expliquer avec eux. Il commença par leur demander à qui ils en avaient avec tout ce «vacarme. Ceux-ci répondent fièrement qu'ils sont les apôtres de la vérité, appelés à réformer l'Église , et à ramener les fidèles de la voie de perdition où les conduisaient les prêtres.

Mais, leur répliqua-t-on , qui vous a donné cette belle commission , de venir troubler la paix del'Eglise et la tranquillité publiquePNotre conscience, direntils , la raison , la lumière intérieure, la voix de Dieu , à laquelle nous ne pouvons résister sans crime : c'est lui qui nous appelle à ce saint ministère, et nous .suivons notre vocation.

Vous êtes donc envoyés de Dieu? reprirent les catholiques. En ce cas, nous convenons que vous devez prêcher, réformer, instruire, et qu'on doit vous écouter. Mais, pour obtenir ce droit, commencez par nous montrer vos lettres de créance, prophétisez, guérissez, illuminez, faites des miracles, déployez les preuves de votre mission.

La réplique des réformateurs est belle, et vaut bien la peine d'être transcrite.

« Oui , nous sommes les envoyés de Dieu ; mais « notre mission n'est point extraordinaire : elle est

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