‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 35 sur 150 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

du moins bien ridicule de soutenir qu'un homme ne croit pas ce qu'il dit croire , parce qu'il ne le croit pas précisément par les mêmes raisons que nous disons avoir de le croire aussi*

Voilà , ce me semble , des principes clairs et incontestables : venons à l'application. Je me déclare chrétien; mes persécuteurs disent que je ne le suis pas. Ils prouvent que je ne suis pas chrétien, parce que je rejette la révélation; et ils prouvent que je ' rejette la révélation parce que je ne crois pas aux miracles.

Mais pour que cette conséquence fût juste, il faudrait de deux choses l'une ; ou que les miracles fussent l'unique preuve de la révélation, ou que je rejetasse également les autres preuves qui l'attestent. Or, il n'est pas vrai que les miracles soient l'unique preuve de la révélation; et il n'est pas vrai que je rejette les autres preuves, puisqu'au contraire on les trouve établies dans l'ouvrage même où l'on m'accuse de détruire la révélation ".

Voilà précisément à quoi nous en sommes. Ces messieurs , déterminés à me faire , malgré moi , rejeter la révélation , comptent pour rien que je l'admette sur les preuves qui me convainquent, si je ne l'admets encore sur celles qui ne me convainquent pas; et, parce que je ne le puis, ils disent

'^ Il importe de remarquer que le vicaire pouvait trouver beaucoup d'objections comme catholique , qui sont nulles pour un protestant. Ainsi le scepticisme dans lequel il reste ne prouve en aucune façon le mien , surtout après la déclaration très - expresse que j'ai faite à la fin de ce même écrit. On voit clairement , dans mes principes, que plusieurs des objections qu'il contient portent à faux.

que je la rejette. Peut-on rien concevoir de plus injuste et de plus extravagant?

Et voyez de grâce si j'en dis trop, lorsqu'ils me font un crime' de ne pas admettre une preuve que non-seulement Jésus n'a pas donnée , mais qu'il a refusée expressément.

Il ne s'annonça pas d'abord par des miracles, mais par la prédication. A douze ans il disputait déjà dans le temple avec les docteurs , tantôt les interrogeant, et tantôt les surprenant par la sagesse de ses réponses. Ce fut là le commencement de ses fonctions, comme il le déclara lui-même à sa mère et à Joseph «. Dans le pays, avant qu'il fît aucun miracle, il se mit à prêcher aux peuples le royaume des cieux*; et il avait déjà rassemblé plusieurs disciples sans s'être autorisé près d'eux d'aucun signe, puisqu'il est dit que ce fut à Cana qu'il fit le premier ".

Quand il fit ensuite Mes miracles, c'était le plus souvent dans des occasions particulières, dont le choix n'annonçait pas un témoignage public, et dont le but était si peu de manifester sa puissance, qu'on ne lui en a jamais demandé pour cette fin qu'il ne les ait refusés. Voyez là-dessus toute l'histoire de sa vie; écoutez surtout sa propre déclaration : elle est si décisive , que vous n'y trouverez rien à répliquer.

^ Luc , XI, 46, 47, 49. — ^ Matth. , iv , 17.

'^ Jean, 11, 11. Je ne puis penser que personne veuille mettre au nombre des signes publics de sa mission la tentation du diable et le ijeûne de quarante jours.

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