‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 36 sur 150 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

Sa carrière était déjà fort avancée , quand les docleurs, le voyant faire tout de bon le prophète au milieu d'eux, s'avisèrent de lui demander un signe. A. cela qu'aurait dii répondre Jésus , selon vos messieurs? «Vous demandez un signe, vous en avez eu « cent. Croyez-vous que je sois venu m'annoncer (( à vous pour le Messie sans commencer par rendre « témoignage de moi , comme si j'avais voulu vous « forcer à me méconnaître et vous faire errer mal- « gré vous? Non : Cana, le centenier, le lépreux, « les aveugles, les paralytiques, la multiplication « des pains, toute la Galilée, toute la Judée, dépo- « sent pour moi. Voilà mes signes : pourquoi fei- (( gnez-vous de ne les pas voir? »

Au lieu de cette réponse, que Jésus ne fit point, voici, monsieur, celle qu'il fit :

« La nation méchante et adultère demande un « signe, et il ne lui en sera point donné. » Ailleurs il ajoute : « Il ne lui sera point donné d'autre signe « que celui de Jonas le prophète. Et leur tournant « le dos, il s'en alla**. »

Voyez d'abord comment, blâmant cette manie des signes miraculeux, il traite ceux qui les demandent; et cela ne lui arrive pas une fois seulement, mais plusieurs*. Dans le système de vos messieurs cette demande était très-légitime : pourquoi donc insulter ceux qui la faisaient ?

'^ Marc , VIII ,12; Matth. , xvi , 4. Pour abréger , j'ai fondu ensemble ces deux passages ; mais j'ai conservé la distinction essentielle à la question.

^ Conférez les passages suivants: Matth., xii, 3g, 41; Marc, VIII , 1 2 ; Luc , XI , 2 9 ; Jean ,11, 18, 19; iv, 48; v, 34, 36, 89

23o LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

Voyez ensuite à qui nous devons ajouter foi par préférence : d'eux, qui soutiennent que c'est rejeter la révélation chrétienne, que de ne pas admettre les miracles de Jésus pour les signes qui l'établissent; ou de Jésus lui-même, qui déclare qu'il n'a point de signe à donners

Ils demanderont ce que c'est donc que le signe de Jonas le prophète. Je leur répondrai que c'est sa prédication aux Ninivites, précisément le même signe qu'employait Jésus avec les Juifs , comme il l'explique lui-même''. On ne peut donner au second passage qu'un sens qui se rapporte au premier, autrement Jésus se serait contredit. Or, dans le premier passage où l'on demande un miracle en signe , Jésus dit positivement qu'il n'en sera donné aucun. Donc le sens du second passage n'indique aucun signe miraculeux.

Un troisième passage, insisteront-ils, explique ce signe par la résurrection de Jésus*. Je le nie; il l'explique tout au plus par sa mort. Or la mort d'un homme n'est pas un miracle; ce n'en est pas même un qu'après avoir resté trois jours dans la terre , un corps en soit retiré. Dans ce passage il n'est pas dit un mot de la résurrection. D'ailleurs quel genre de preuve serait-ce de s'autoriser durant sa vie sur un signe qui n'aura lieu qu'après sa mort ? Ce serait vouloir ne trouver que des incrédules, ce serait cacher la chandelle sous le boisseau. Comme cette conduite serait injuste, cette interprétation serait impie.

« Matth., XII, 4i; Luc, xi, 3o, Sa. — * Matth., xii, 4o.

Page 1