‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 51 sur 150 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

l'endroit même dont il s'agit. L'homme pieux qui parle'' ne croit pas, il est vrai, qu'il soit absolument nécessaire de demander à Dieu telle ou telle chose en particulier * ; il ne désapprouve point qu'on le fasse. Quant à moi, dit-il, je ne le fais pas, persuadé que Dieu est un bon père, qui sait mieux que ses enfants ce qui leur convient. Mais ne peut-on lui rendre aucun autre culte aussi digne de lui? Les hommages d'un cœur plein de zèle, les adorations, les louanges, la contemplation de sa grandeur, l'aveu de notre néant, la résignation à sa volonté, la soumission à ses lois, une vie pure et sainte, tout cela ne vaut-il pas bien des vœux intéressés et mercenaires? Près d'un Dieu juste, la meilleure manière de demander est de

" Un ministre de Genève , difficile assurément en christianisme , dans les jugements qu'il porte du mien , affirme que j'ai dit , moi J. J. Rousseau , que je ne priais pas Dieu : il l'assure en tout autant de termes , cinq ou six fois de suite , et toujours en me nommant. Je veux porter respect à l'Eglise; mais oserais -je lui demander où j'ai dit cela ? Il est permis à tout barbouilleur de papier de déraisonner et bavarder tant qu'il veut ; mais il n'est pas permis à im bon chrétien d'être un calomniateur public.

" « Quand vous prierez , dit Jésus , priez ainsi. » Quand on prie avec des paroles , c'est bien fait de préférer celles - là ; mais je ne vois point ici l'ordre de prier avec des paroles. Une autre prière est préférable , c'est d'être disposé à tout ce que Dieu veut. « Me « voici , Seigneur , pour faire ta volonté. » De toutes les formules , l'Oraison dominicale est , sans contredit , la plus parfaite ; mais ce qui est plus parfait encore est l'entière résignation aux volontés de Dieu. « Non point ce que je veux, mais ce que tu veux- » Que dis-je? c'est l'Oraison dominicale elle-même. Elle est tout entière dans ces paroles : « Que ta volonté soit faite. » Toute autre prière est superflue , et ne fait que contrarier celle-là. Que celui qui pense ainsi se trompe , cela peut être. Mais celui qui publiquement l'accuse à cause de cela de détruire la morale chrétienne, et de n'être pas chrétien , est-il un fort bon chrétien lui-même ?

ii6o LETTRES :ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

mériter d'obtenir. Les anges qui le louent autour de son trône le prient-ils ? Qu'auraient-ils à lui demander? Ce mot àe prière est souvent employé dans l'Ecriture pour hommage , adoration ; et qui fait le plus est quitte du moins. Pour moi, je ne rejette aucune des manières d'honorer Dieu; j'ai toujours approuvé qu'on se joignît à l'Église qui le prie : je le fais ; le prêtre savoyard le faisait luimême. L'écrit si violemment attaqué est plein de tout cela. N'importe: je rejette, dit-on, la prière; je suis un impie à brûler. Me voilà jugé.

Ils disent encore que j'accuse la morale chrétienne de rendre tous nos devoirs impraticables en les outrant, La morale chrétienne est celle de l'Évangile; je n'en reconnais point d'autre, et c'est en ce sens aussi que l'entend mon accusateur , puisque c'est des imputations où celle-là se trouve comprise qu'il conclut, quelques lignes après, que c'est par dérision que j'appelle l'Évangile divin '^.

Or voyez si l'on peut avancer une fausseté plus noire , et montrer une mauvaise foi plus marquée, puisque, dans le passage de mon livre où ceci se rapporte, il n'est pas même possible que j'aie voulu parler de l'Évangile.

Voici, monsieur, ce passage; il est dans le second tome à' Emile ^ P^g® s45. « En n'asservissant « les honnêtes femmes qu'à de tristes devoirs, on a « banni du mariage tout ce qui pouvait le rendre « agréable aux hommes. Faut-il s'étonner si la tacite turnité qu'ils voient régner chez eux les en chasse,

" Lettres écrites de la campagne , page il.

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