PARTIE I, LETTRE Iir. .26 I
« OU s'ils sont peu tentés d'embrasser un état si <( déplaisant ? A force d'outrer tous les devoirs , le « christianisme les rend impraticables et vains : à a force d'interdire aux femmes le chant, la danse? « et tous les amusements du monde , il les rend « maussades, grondeuses, insupportables dans leurs « maisons. »
Mais où est-ce que l'Évangile interdit aux femmes le chant et la danse ? où est-ce qu'il les asservit à de tristes devoirs? Tout au contraire, il y est parlé des devoirs des maris, mais il n'y est pas dit un mot de ceux des femmes. Donc on a tort de me faire dire de l'Évangile ce que je n'ai dit que des jansénistes, des méthodistes , et d'autres dévots d'aujourd'hui, qui font du christianisme une religion aussi terrible et déplaisante "" , qu'elle est
agréable et douce sous la véritable loi de Jésus-
Christ.
Je ne voudrais pas prendre le ton du père Berruyer, que je n'aime guère, et que je trouve même de très-mauvais goût; mais je ne puis m'empécher de dire qu'une des choses qui me charment dans le caractère de Jésus n'est pas seulement la clou-
" Les premiers réformés donnèrent d'abord dans cet excès avec une dureté qui fit bien des hypocrites ; et les premiers jansénistes ne manquèrent pas de les imiter en cela. Un prédicateur de Genève , appelé Henri de la Marre , soutenait en chaire que c'était pécher que d'aller à la noce plus joyeusement que Jésus-Christ n'était allé à la mort. Un curé janséniste soutenait de même que les festins des noces étaient une invention du diable. Quelqu'un lui objecta là-dessus que Jésus-Christ y avait pourtant assisté , et qu'il avait même daigné y faire son premier miracle pour prolonger la g.iieté du festin. Le curé, un peu embarrassé, répondit en grondant : «Ce n'est pas ce « qu'il fit de mieux. »
ceur des mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce, et même l'élégance. Il ne fuyait ni les plaisirs ni les fêtes , il allait aux noces , il voyait les femmes, il jouait avec les enfants, il aimait les parfums, il mangeait chez les financiers. Ses disciples ne jeûnaient point ; son austérité n'était point fâcheuse. Il était à la fois indulgent et juste, doux aux faibles et terrible aux méchants. Sa morale avait quelque chose d'attrayant, de caressant, de tendre; il avait le cœur sensible, il était homme de bonne société. Quand il n'eût pas été le plus sage des mortels , il en eût été le plus aimable.
Certains passages de saint Paul , outrés ou mal entendus, ont fait bien des fanatiques, et ces fanatiques ont souvent défiguré et déshonoré le christianisme. Si l'on s'en fût tenu à l'esprit du maître , cela ne serait pas arrivé. Qu'on m'accuse de n'être pas toujours de l'avis de saint Paul; on peut me réduire à prouver que j'ai quelquefois rair son de n'en pas être; mais il ne s'ensuivra jamais de là que ce soit par dérision que je trouve l'Évangile divin. Voilà pourtant comment raisonnent mes persécuteurs.
Pardon , monsieur ; je vous excède avec ces longs détails, je le sens, et je les termine : je n'en ai déjà que trop dit pour ma défense, et je m'ennuie moimême de répondre toujours par des raisons à des accusations sans raison.