SECONDE PARTIE
État présent tlu Gouvernement de Genève , fixé par l'édit de la médiation.
Vous m'aurez trouvé diffus, monsieur; mais il fallait rétre, et les sujets que j'avais à traiter ne se discutent pas par des épigrammes. D'ailleurs ces sujets m'éloignaient moins qu'il ne semble de celui qui vous intéresse. En parlant de moi , je pensais à vous; et votre question tenait si bien à la mienne, que l'une est déjà résolue avec l'autre; il ne me reste que la conséquence à tirer. Partout où l'innocence n'est pas en sûreté, rien n'y peut être; partout où les lois sont violées impunément , il n'y a plus de liberté.
Cependant, comme on peut séparer l'intérêt d'un particulier de celui du public , vos idées sur ce point sont encore incertaines; vous persistez à vouloir que je vous aide à les fixer. Vous demandez quel est l'état présent de votre république , et ce que doivent faire ses citoyens. Il est plus aisé de répondre à la première question qu'à l'autre.
Cette première question vous embarrasse sûre-* ruent moins par elle-même que par les solutions contradictoires qu'on lui donne autour de vous. Des gens de très-bon sens vous disent, Nous
35o LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
sommes le plus libre de tous les peuples; et d'autres gens de très-bon sens vous disent, Nous vivons sous le plus dur esclavage. Lesquels ont raison? me demandez-vous. Tous, monsieur; mais à différents égards : une distinction très-simple les concilie. Rien n'est plus libre que votre état légitime; rien n'est plus servile que votre état actuel.
Vos lois ne tiennent leur autorité que devons; vous ne reconnaissez que celles que vous faites ; vous ne payez que les droits que vous imposez ; vous élisez les chefs qui vous gouvernent; ils n'ont droit de vous juger que par des formes prescrites. En Conseil général , a ous êtes législateurs , souverains , indépendants de toute puissance humaine ; vous ratifiez les traités , vous décidez de la paix et de la guerre ; vos magistrats eux-mêmes vous traitent de magnifiques, très-honorés et souverains seigneurs : voilà votre liberté ; voici votre servitude.
Le corps chargé de l'exécution de vos lois en est l'interprète et l'arbitre suprême; il les fait parler comme il lui plaît; il peut les faire taire; il peut même les violer sans que vous puissiez y mettre ordre; il est au-dessus des lois.
Les chefs que vous élisez ont , indépendamment de votre choix , d'autres pouvoirs qu'ils ne tiennent pas de vous, et qu'ils étendent aux dépens de ceux qu'ils en tiennent. Limités dans vos élections à un petit nombre d'hommes, tous dans les mêmes principes et tous animés du même intérêt, vous faites avec un grand appareil un choix de peu d'importance. Ce qui importerait dans cette affaire serait