PARTIE II, LETTRli; VII. 35l
de pouvoir rejeter tous ceux entre lesquels on vous force de choisir. Dans une élection libre en apparence, vous êtes si gênés de toutes parts, que vous ne pouvez pas même élire un premier syndic ni un syndic de la garde : le chef de la république et le commandant de la place ne sont pas à votre choix.
Si l'on n'a pas le droit de mettre sur vous de nouveaux impôts , vous n'avez pas celui de rejeter les vieux. Les finances de l'état sont sur un tel pied , que, sans votre concours, elles peuvent suffire à tout. On n'a donc jamais besoin de vous ménager dans cette vue , et vos droits à cet égard se réduisent à être exempts en partie, et à n'être jamais nécessaires.
Les procédures qu'on doit suivre en vous jugeant sont prescrites; mais, quand le Conseil veut ne les pas suivre, personne ne peut l'y contraindre, ni l'obliger à réparer les irrégularités qu'il commet. Là-dessus je suis qualifié pour faire preuve, et vous savez si je suis le seul.
En Conseil général, votre souveraine puissance est enchaînée : vous ne pouvez agir que quand il plaît à vos magistrats , ni parler que quand ils vous interrogent. S'ils veulent même ne point assembler de Conseil général, votre autorité, votre existence est anéantie , sans que vous puissiez leur opposer que de vains murmures qu'ils sont en possession de mépriser.
Enfin , si vous êtes souverains seigneurs dans l'assemblée, en sortant de là vous n'êtes plus rien.
Quatre heures par an souverains subordonnés , vous êtes sujets le reste de la vie , et livrés sans réserve à la discrétion d'autrui.
Il vous est arrivé , messieurs , ce qu'il arrive à tous les gouvernements semblables au vôtre. D'abord la puissance législative et la puissance executive qui constituent la souveraineté n'en sont pas distinctes. Le peuple souverain veut par lui-même, et par lui-même il fait ce qu'il veut. Bientôt l'incommodité de ce concours de tous à toute chose , force le peuple souverain de charger quelques-uns de ses membres d'exécuter ses volontés. Ces officiers, après avoir rempli leur commission , en rendent compte, et rentrent dans la commune égalité. Peu à peu ces commissions deviennent fréquentes, enfin permanentes. Insensiblement il se forme un corps qui agit toujours. Un corps qui agit toujours ne peut pas rendre compte de chaque acte ; il ne rend plus compte que des principaux ; bientôt il vient à bout de n'en rendre aucun. Plus la puissance qui agit est active , plus elle énerve la puissance qui veut. La volonté d'hier est censée être aussi celle d'aujourd'hui ; au lieu que l'acte d'hier ne dispense pas d'agir aujourd'hui. Enfin l'inaction de la puissance qui veut la soumet à la puissance qui exécute : celle-ci rend peu à peu ses actions indépendantes , bientôt ses volontés ; au lieu d'agir pour la puissance qui veut, elle agit sur .elle. Il ne reste alors dans l'état qu'une puissance agissante, c'est l'executive. La puissance executive n'est que la force ; et , où règne la seule force , l'état est dis-