‹ uvres complètes de J. J.RousseauChapitre 96 sur 150 · PARTIE 11, LETTRE VU. '5j · texte numérisé non relu

PARTIE 11, LETTRE VU. '5j

tles magistrats qu'il élit. Les syndics eux-mêmes , loin de s'opposer à ce changement, doivent aussi le favoriser, parce qu'ils sont syndics seulement tous les quatre ans , et qu'ils peuvent même ne pas l'être; au lieu que, quoi qu'il arrive, ils sont conseillers toute leur vie , le grabeau n'étant plus qu'un vain cérémonial ".

Cela gagné , l'élection des syndics deviendra de même une cérémonie tout aussi vaine que l'est déjà la tenue des Conseils généraux; et le petit Conseil verra fort paisiblement les exclusions ou préférences que le peuple peut donner pour le syndicat à ses membres , lorsque tout cela ne décidera plus de rien.

Il a d'abord , pour parvenir à cette fin , un grand moyen dont le peuple ne peut connaître; c'est la

'^ Dans la première institution , les quatie syndics nouvellement élus et les quatre anciens syndics rejetaient tous les ans huit membres des seize restants du petit Conseil , et en proposaient huit nouveaux, lesquels passaient ensuite aux suffrages des Deux -cents pour être admis ou rejetés. Mais insensiblement on ne rejeta des vieux conseillers que ceux dont la conduite avait donné prise au blâme ; et lorsqu'ils avaient commis quelque faute grave , on n'attendait pas les élections pour les punir, mais on les mettait d'abord en prison, et on leur faisait leur procès comme au dernier particulier. Par cette règle d'anticiper le châtiment , et de le rendre sévère , les conseillers restés étant tous irréprochables ne donnaient aucune prise à l'exclusion ; ce qui changea cet usage en la formalité cérémonieuse et vaine qui j)orte aujourd'hui le nom de grabeau. Admirable effet des gouvernements libres , où les usurpations mêmes ne peuvent s'établir qu'à l'apjjui de la vertu !

Au reste , le droit réciproque des deux Conseils empêcherait seul aucun des deux d'oser s'en servir sur l'autre , sinon de coiicert avec lui , de peur de s'exposer aux représailles. Le grabeau ne sert proprement c[u'à les tenir bien unis contre la bourgeoisie , et à faire sauter l'un par l'autre les membres qui n'auraient pas l'esprit du corps.

police intérieure du Conseil , dont , quoique réglée par les édits, il peut diriger la forme à son gré'' , n'ayant aucun surveillant qui l'en empêche; car, quant au procureur-général, on doit en ceci le compter pour rien *. Mais cela ne suffit pas encore : il faut accoutumer le peuple même à ce transport de juridiction. Pour cela on ne commence pas par ériger dans d'importantes affaires des tribunaux composés de seuls conseillers, mais on en érige d'abord de moins, remarquables sur des objets peu intéressants. On fait ordinairementprésider ces tribunaux, par un syndic, auquel on substitue quelquefois un ancien syndic, puis un conseiller, sans^que personne y fasse attention ; on répète sans bruit cette manœuvre jusqu'à ce qu'elle fasse usage : on la transporte au criminel. Dans une occasion plus importante, on érige un tribunal pour juger des citoyens. A la faveur de la loi des

** C'est ainsi que, dès l'année i655 , le petit Conseil et le Deuxcents établirent dans leur corps la ballotte et les billets contre l'édit-

* Le procureur-général, établi pour être l'homme de la loi, n'est que l'homme du Conseil. Deux causes font presque toujours exercer cette charge contre l'esprit de son institution : l'une est le vice de l'institution même , qui fait de cette magistrature un degré pour parvenir au Conseil ; au lieu qu'un procureur - général ne devait .rien voir au-dessus de sa place, et qu'il devait lui être interdit par la loi d'aspirer à nulle autre : la seconde cause est l'imprudence du peuple , qui confie cette charge à des hommes apparentés dans le Conseil, ou qui sont de famille en possession d'y entrer, sans considérer qu'ils ne manqueront pas ainsi d'eraplover contre lui les armes qu'il leur donne pour sa défense. J'ai ouï des Genevois distinguer l'homme du peuple d'avec l'homme de la loi , comme si ce n'était pas la même chose. Les procureurs-généiaux devraient être , durant leurs six ans, les chefs de la bourgeoisie, et devenir son conseil après cela : mais ne la voilà-t-il pas bien protégée et bien conseillée , et n'a-t-elle j^as fort à se féliciter de son choix ?

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