PARTIE II, LETTRE VII
lions ies plus droites et les dispositions les plus judicieuses. Quand on sait combien de choses étaient contre vous dans ce moment critique, combien vous aviez de préjugés à vaincre, quel crédit à surmonter, que de faux exposés à détruire; quand on se rappelle avec quelle confiance vos adversaires comptaient vous écraser par les mains d'autrui; l'on ne peut qu'honorer le zèle, la constance et les talents de vos défenseurs, l'équité des puissances médiatrices, et l'intégrité des plénipotentiaires qui ont consommé cet ouvrage de paix.
Quoi qu'on en puisse dire, l'édit de la médiation a été le salut de la république ; et quand on ne l'enfreindra pas, il en sera la conservation. Si cet ouvrage n'est pas parfait en lui même , il l'est relativement; il l'est quant aux temps, aux lieux, aux circonstances; il est Je meilleur qui vous pût convenir. Il doit vous être inviolable et sacré par prudence , quand il ne le serait pas par nécessité ; et vous n'en devriez pas ôter une ligne , quand vous seriez les maîtres de l'anéantir. Bien plus, la raison même qui le rend nécessaire le rend nécessaire dans son entier. Comme tous les articles balancés forment l'équilibre , un seul article altéré le détruit. Plus le règlement est utile, plus il serait nuisible ainsi mutilé. Rien ne serait plus dangereux que plusieurs articles pris séparément et détachés du corps qu'ils affermissent. Il vaudrait mieux que l'édifice fut rasé qu'ébranlé. Laissez ôter une seule pierre de la voûte , et vous serez écrasés sous ses ruines.
Rien n'est plus facile à sentir par l'examen des
3(j4 lettres écrites de la montagne.
articles dont le Conseil se prévaut et de ceux qu'il veut éluder. Souvenez-vous, monsieur, de l'esprit dans lequel j'entreprends cet examen. Loin de vous conseiller de toucher à l'édit de la médiation, je veux vous faire sentir combien il vous importe de n'y laisser porter nulle atteinte. Si je parais critiquer quelques articles, c'est pour montrer de quelle conséquence il serait d'ôter ceux qui les rectifient. Si je parais proposer des expédients qui ne s'y rapportent pas , c'est pour montrer la mauvaise foi de ceux qui trouvent des difficultés insurmontables où rien n'est plus aisé que de lever ces difficultés. Après cette explication j'entre en matière sans scrupule, bien persuadé que je parle à un homme trop équitable pour me prêter un dessein tout contraire au mien.
Je sens bien que si je m'adressais aux étrangers, il conviendrait, pour me faire entendre, de commencer par un tableau de votre constitution ; mais ce tableau se trouve déjà tracé suffisamment pour eux dans l'article Genève de M.. d'Alembert *; et un exposé plus détaillé serait superflu pour vous , qui connaissez vos lois politiques mieux que moimême, ou qui du moins en avez vu le jeu de plus près. Je me borne donc à parcourir les articles du règlement qui tiennent à la question présente, et qui peuvent le mieux en fournir la solution.
Dès le premier je vois votre gouvernement com-
Ce tableau n'est rien moins que suffisant, aujourd'hui que ces circonstances sont loin de nous , et c'est ce qui nous a décidés à y suppléer par un tableau plus complet mis en tête du présent ouvrage.