ACTE III, SCÈNE JV. igS
ACHILLE
Vous, madame!
ÉRIPHILE
Oui, seigneur; et, sans compter le reste Pouvez-vous m'imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicité de mes persécuteurs?
J entends de toutes parts menacer ma patrie; Je vois marcher contre elle une armée en furie; Je vois déjà Thymen , pour mieux me déchirer, Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer. • ^ Souffrez que, loin du camp et loin de votre vue , Toujours infortunée et toujours inconnue, J aille cacher un sort si digne de pitié, Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié < .
ACHILLE
C'est trop, belle princesse : il ne faut que nous suivre. Venez, qu aux yeux des Grecs Achille vous délivre ; Et que le doux moment de ma félicité Soit le moment heureux de votre liberté.
' • Je Toas tais la moitié de mes malheurs » seroit de la prose. Met pleurs vous en taisent la moitié, voilà la poésie. Ce ne sont pas là les figures qui font le sublime ; ce sont celles qui font Vé\éQance Continue du style , et Télévent au-dessus de la simple pureté. Personne n*en a un aussi grand nombre que Racine. (L.)
196 IPHIGÉWIE.