‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 116 sur 328 · ACTE III, SCÈNE VI. aoi · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. aoi

IPHIGÉNIE

Ah! demeurez, seigneur, et daignez m*éoouter.

ACHILLE

Quoi, madame! un harbare osera m'insulter !

Il voit que de sa sœur je cours venger loutrage;

Il sait que, le premier lui donnant mon suffrage,

Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux ;

Et, pour frîiit de mes soins, pour fruit de mes travaux.

Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire

Qai le doit enrichir, venger, combler de gloire,

Contentet glorieux du nom de votre époux.

Je ne lui demandois que Thonneur d'être à vous ' :

Cependant aujourdliui, sanguinaire, parjure,

C est peu de violer Famidé , la nature,

CTest peu que de vouloir, sous un couteau mortel ,

Me montrer votre cœur fumant sur un autel ;

D'un appareil d*hymen couvrant ce sacrifice.

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice ,

Que ma crédule main conduise le couteau ,

Qu au lieu de votre époux je sois votre bourreau!

Et quel étoit pour vous ce sanglant hyménée.

Si je fesse arrivé plus tard d'une journée?

Quoi donc! à leur fureur livrée en ce moment,

' Ce vers est peut-être celui de la pièce où Racine 8*est le plus écarté des mœurs antiques. Ce n*est plus ici l'Achille d'Homère , c'est un courtisan de la cour de Louis XfV. Jamais , chez les Grecs, on çnMXtin ne p*rle de TlioDiieur d'appartenir à une femme ; jamais un amant ne dit qu'il seroit à son épouse. Cest «ime faute sans doute; mai» aussi par combien de beautés elle est rachetée ! et dans le reste de la scène on reconnoh assex Achille à son orgueil et à ses emportements.

ao2 IPHIGÉNIE.

Vous iriez à Tautel me chercher vainement;

Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée.

En accusant mon nom qui vous auroit trompée l

Il faut de ce pérîl, de cette trahison,

Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.

A rhonneur d'un époux vous-même intéressée.

Madame, vous devez approuver ma pensée.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser

Appreune de quel nom il osoit abuser.

IPHIGÉNIE

Hélas! si vous in aimez, si, pour grâce dernière, Vous daignez d'une amante écouter la prière. C'est maintenant, seigneur, qu'il faut me le prouver: Car en6n , ce cruel que vous allez braver. Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire, Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père.

Lui, votre père! Après son horrible dessein, Je ne le connois plus que pour votre assassin.

IPHIGÉNIE

C'est mon père, seigneur, je vous le dis encore, Mais un père que j'aime, un père que j'adore, Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu'à ce Jour, Je n'ai jamais reçu que des marques d'amour. Mon cœur, dans ce respçct élevé dès l'enËmce, Ne peut que s'affliger de tout ce qui l'ofFense, Et, loin d oser ici, par un prompt changement, Approuver la fui*eur de votre emportement, Loin que par mes discours je l'attise moi-même, Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime

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