ACTE IV, SCÈNE I
Et la rendre plus belle aux yeux de son amant. Hé quoi! ce vcns-tn pas tout ce qu^on fiait pour elle? On supprime des dieux la sentence mortelle; Et, quoique le bûcher soit déjà préparé, Le nom de la victime est encore ignoré : Toiit le camp n en sait rien. Doris, à ce silence, Ne reconnois-tu pas un père qui balance? Et que fera-t-il donc? Quel courage endurci Soutiendroit les assauts qu'on lui prépare ici : XJne mère en fureur, les larmes d'une fille, Les cris, le désespoir de toute une famille. Le san^, à ces objets facile à s'ébranler, Achille menaçant, tout prêt à Faccabler > ? N(Hi, te dis-je, les dieux Tout en vain condamnée: Je suis et je serai la seule infortunée. Ah! si je m'en croyois...
DORIS
Quoi! Que méditez -vous?
ÉRIPHILE
Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux , Que, par un prompt avis de tout ce qui se passe ^,
« semble qu'il est permis en vers de dire croître mes tâUrments, mes « ennuis, mes douleurs, mes peines, » On peut ajouter à cette obser- Tati<Hi <(ite croître, selon lacadémie, peut s^employer dans le sens actif en poésie; alors il signifie, comme ici, augmenter. Nous pensons que lezemple de B^cine et Tautorité de Tacadânie doivent faire loi.
' L'accabler se rapporte à Agamemnon : la grammaire veut qull se rapporte au sang. Le pronom est trop éloigné du nom. ( G.) Quant au vers précédent, on ne sauroit dire que le sang s ébranle, Éhranieruett pas ici le synonyme d'émouvoir, qui étoit le mot propre. (L).
* C'est la plirase si commune, ^'e ne sais tfui me tient que je ne 3. 14
210 IPHIGÉNIE
Je ne coure des dieux divulguer la menace , Et publier par-tout les complots criminels Qu on fait ici contre eux et contre leurs autels.
DORIS
Ah ! quel dessein , madame l '
ÉRIPHILE
Ah , Doris ! quelle joie ■ !
Que d'encens brûleroit dans les temples de Troie, Si, troublant tous les Grecs, et vengeant ma prison. Je pou vois contre Achille armer Agamemnon; Si leur haine, de Troie oubliant la querelle, Tournoit'contre eux le fer qu'ils aiguisent cdhtre elle , Et si de tout le camp mes avis dangereux Faisoient à ma patrie un sacrifice heureux !
DORlS.
J'entends du bruit. On vient: Clytemnestre s'avance.
fasse telle chose, phrase elliptique, on l'on soiis-entend et empêche que, etc. Cest un gallicisme très favorable à la rapidité du style. Racine est celui de tous nos poètes qui a fait entrer dans le style noble le plus de ces tournures familières qu'il sait ennoblir pour la poésie, et qui donnent à la sienne tant de vérité. Ccst un art très particulier, et beaucoup plus rare qu'on ne pense, très essentiel à la. poésie dramatique, où l'autei^r, forcé de faire parler le personnage en vers, doit pourtant le ramener, le plus qu'il est poiisible , au langage naturel , sans nuire au langage de convention. Mais combien 'pen d'écrivains y ont réfléchi! CSombien peu même se doutent de tous ces secrets de l'art! (L.)
' Dans cette scène entre Éciphile et sa confidente , ce qui lie au sujet le personnage épisodique, c'est la crainte que cette rivale jalouse ne révèle à l'armée l'oracle de Calchas : elle devient utile à Faction , en augmentant le danger d'iphigénie. Tout le rôle d*Eriphile est en général véhément, passionné, théâtral; il fait mieux ressortir la douceur, la tendresse délicate d'Iphigéive. (G.)