‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 131 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE VI. aaS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. aaS

On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Qu^aujourd'kui par vôtre ordre Iphigénie expire ; Que vous-même, étouffant tout sentiment humain , Vous Tallez à Calchas livrer de votre main. On dit que, sous mon nom à Fautel appelée, Je ne Ty conduisois que pour être immolée; Et que, d'un faux hymen nous abusant tous deux. Vous vouliez me charger d'un emploi si hcmteux. Qu'en dites-vous , seigneur? Que faut-îl que je pense " ? Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense?

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins. Ma fille ignore encor mes ordres souverains ; Et, quand il sera temps qu'elle en soit informée. Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée ^.

d'AchiUe seroit tire contre le diadème du roi des rois. G*est un coup de génie d'avoir su transporter sur notre théâtre cette grande scène de Yllîadey et d'avoir su la placer si heureusement. Racine est le seul des modernes <|ui nous ait rendu le sublime d*Uomère dans le dramatique, et nous retrouverons encore le sublime de Tépopée dans les tableaux du cinquième acte. (L.)

' Ce premier effort que se fait Achille pour ne pas éclater d'abord devant le père d'Iphigénie, est supérieurement conçu, et ne fait que rendre la terreur plus grande. (L.)

* Ce n'étoit pas une médiocre difficulté de soutenir la dignité d'Agamemnon devant Achille, qui , d'après la fable et notre imagination, est pour nous d'une grandeur presque surnaturelle. Racine en est venu à bout. Agamemnon ne dit -pas un mot qui soit au-dessous de son rang et de la fierté des Atrides. S en instruirai Varmée est le premier trait de ce mépris froid et calme qu'il devoit opposer à la violence d'Achille. H le confond avec le reste de l'armëe. Quel dédain pour Achille ' et ce dédain finira par aller jusqu'au dernier outrage, quand Achille l'aura menacé. (L.)

224 IPHI6ÉNIE.

ACHILLE

Ah! je sais trop le sort que vous lui réservez.

AGAMEMNO.N.

Pourquoi le demander, puisque vous le savez?

ACaiLLE.

Pourquoi je le demande? O ciel ! le puis-je croire, Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire! Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux > Je vous laisse immoler votre fiUe à lAes yeux? Que ma foi , mon amour, mon honneur, y consente ^ ?

AGAMEMNON

Mais vous , qui me parlez d'une voix menaçante , 0«hUez-vous ici qui vous interrogez?

ACHILLE

OubUez-vous qui j'aime, et qui vous outragez?

AGAMEMNON

. Et qui vous a chargé du soin de ma JBunille? Ne pourrai-je , sans vous , disposer de ma fille? Ne suis-je plus son père? Êtes-vous son époux? Et i\e peut-elle...

' Var. Vous croyez <{a'ApproaTant vos desceins odieni.

* C'est la troisième fois que Racine met aa singulier un verbe précédé de plusieurs substantifs. Nous croyons devoir remarquer, à cette occasion^ d'après les exemples qu'un troftve dan^ les meilleurs écrivains, qu'on peut établir pour régule que lorsque le sujet est composé de plusieurs substantif exprimant des idées partielles qui n'en font. qu'une parleur nature, ou* qui sont présentées dans la proposition comme n'en faisant qu'une , l'accord se fait avec ridée simple qui est dans l'esprit, plutôt qu'avec les idées partielles qui sonudans les mots.

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