‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 132 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE VI. aaS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. aaS

, ACHILLE

Non , elle n'est plus à vous :

On ne m abuse point par des promesses vaines. Tant qu un reste de sang coulera dans mes veines, Vous deviez à mon sort unir tous ses moments , Je défendrai mes droits fondés sur vos serments. Et n est-ce pas pour moi que vous lavez mandée?

A6AMEMN0N.

Plaignez-vou^donc aux dieux qui me Font demandée: Accusez et Calcbas et le camp tout entier, Ulysse , Ménélas , et vous tout le premier.

ACHILLE

Moi!

A6AMBMNON.

Vous, qui, de F Asie embrassant la conquête, Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ; Vous, qui, vous offensant de mes justes terreurs , Avez dans tout le camp répandu vos fureurs. Mon cœur pour la sauver vous ouvroit une voie; Mais Vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie. Je vous fermois le champ où vous Voulez courir : Vous le voulez, partez; sa mort va vous Fouvrir.

ACHILLE

Juste ciel! puis-je entendre et souffrir ce langage? Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute loutrage? Moi , je voulois partir aux dépens de ses jours? Et que m'a fait à moi cette Trpie où je cours * ?

' Ce tnorceatt est imité d'Homère, qai fait ainsi parler Achille an livre I de V Iliade : « Je fx*ai point porte la guerre en ces lieux 3. i5

226 IPHIGÉNIE

Au pied de ses remparts ({uel intérêt m appelle?

Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle.

Et d un père éperdu négligeant les avis,

Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils?

Jamais vaisseaux partis des rives du Se^mândre

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre?

Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur?

Qu'ai-je à*me plaindre? Où sont les pertes que j'ai feites?

Je n y yais que pour vous, barbare que vous êtes;

Pour vous , à qui des Grecs moi seul je ne dois rien ;

Vous, que j ai fait nommer et leur chef et le mien;

Vous, que mon*bras vengeoit dans Lesbo§ enflammée ,

Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous?

« pour me venger des Troyens ; ils ne sont coupables envers moi m d'aucune offense, jamais ils n* ont enlevé mes génisses, mes che- « vaux ; jamais ils n'ont ravagé les riches moissons qtii couvrent « les champs fertiles de Phtliie. Trop de mers nous séparent, trop « de montagnes élèvent entre nous,' comme autant de barrières, « leurs cimes couvertes de forêts. Cest pour ton intérêt , 6 le plus « impudent de tous les hommes, que je t*ai suivi dans cette ezpé- « dition ; c*est pour Thonneur de ton frère Méftélas et pour le tien , N monarque insolent, que je suis venu ici combattre les Troyens, « qui ne te craignent guère , et que tu t'embarrasses fort peu de « vaincrA » On remarque dans ce passage des traits précieux de la simplicité des mœurs antiques. La guerre consistoit alors à enlever des troupeaux, à faire des dégâts sur les terres de renoettî. Achille ne dit point que les Troyens n*oiit point fait d*incursioD dans ses états parcequ ils redoutoient sa valeur : un moderne n'y auroit pas manqué. 11 dit tout naturellement que si les Troyens ne sont pas venns^'attaquer, c'est qu'il y avoit trop de montagnes à franchir, trop de mers à traverser. (G.)

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