‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 146 sur 328 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort. Allez : laissez aux Grecs achever leur ouvrage, Et (juittez pour jamais un malheureux rivage; Da bûcher qui m'attend, trop voisin de ces lieux, La flamme de trop près viendroit frapper vos yeux. Sur-tout, si vous m'aimez, par cet amour de mère, Ne reprochez jamais mon trépas à mon père ■.

Lui^ par qui votre cœur à Calchas présenté...

IPHIGÉNIE

Pour^me rendre à vos pleurs que n a-t-il point tenté?

CLTTEMNESTRE.

Par quelle trahison le cruel m'a déçue!

IPHIGÉNIE

Il me cédoit aux dieux dont il m'avoit reçue. Ma mort n'emporte pas tout le fruit de vos feux»: De Famour qui vous joint vous avez d'autres nœuds ;

' Les détails , les sentiments , (bs vers , tout répond au mérite de

la sitiution et da plan. Rien n'est plus touchant que ces adieux

d'Iphigénie : ce dernier vers est imité du ^ec : « Ne haïssez point

« votre époux et mon père ; » il y a aussi un endroit imité dQ ÏHé-

eube:

Par des soldau peut-être indignement traînée, etc.

Mais il y a encore ici un grand avantage du poëte François sur le poète grec : c*est que, dans celui-ci, Cly<emnestre, d'abord si furieuse^finit par se montrer résignée; elle tient des discours et fait des questions qui sont d'une douleur tranquille : chez Racine, au contraire, elle est dans un désespoir dont les accès deviennent plus violents jusqu'à la catastrophe : repoussée par les soldaU, elle vomit des imprécations , et tombe dans une espèce de délire. Cest là de la force tragique, et c'est ce qui fait que le spectateur ne respire pas un moment. (L.)

a44 IPHIGÉNIE.

Vos yeux me reverront dans Oreste mon frère. Puisse-t-il éti^e, hélas! moins funeste à sa mère! D'un peuple impatient vous entendez la voix. Daignez m'ouvrir vos bras pour la dernière fois. Madame; et rappelant votre vertu sublime... Eurybate, à Fautel conduisez la victime.

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