‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 145 sur 328 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, EDRYBATE, * jEGINE, gardes.

CLTTEMNESTRE.

Oui, je la défendrai contre toute Tarmée '. Lâches, vous trahissez votre reine opprimée!

EURTBÀTE.

Non, madame, il suffit que vous me commandiez > :

Voul nous verrez combattre et mourir à vos pieds.

Mais de nos foibjes mains que pouvez*vous attendre?

Contre tant d'ennemis qui vous pourra défendre?

Ce nest plus un vain peuple en désordre assenliblé;

C est d'i^n zélé fatal tout le camp aveuglé.

Plus de pitié. Calchas seul régne, seul commande :

La piété sévère exige son offrande ^.

Le roi de son pouvoir se voit déposséder,

Et lui-même au torrent nous contraint de cédet.

Achille, à qui tout cède, Achille à cet orage

* Le trouille croit k cha<pie minute, et cependant Tespërance a*est point encore tout- à -fait perdue. Le spectateur, toujours a^t^ et toujours incertain, attend le dénoùment avec impatience. (L. B.)

* Vas. Kod , madame , il suffit que tous nous commandiec.

^ La religion est ici personnifiée sous le nom de piété. Sévère^ cette ëpithète a paru trop foible à quelques critiques; elle est, au contraire, parfaitement mesurée et convenable. Eurybate croit que les dîeax eux-mêmes ont parlé par la voix de Calchas. Son offrande y c'est l'offrande promise à la piété, (G.)

îi42 IPHIGÉNIE.

Voudroit lui-même en vain opposer son courage : Que fera-t-il , madame? et qui peut dissiper Tous les flots d'ennemis prêts à Tenvelopper?

CLTTËMNESTRE.

Qu'ils viennent donc sur moi prouver leur zélé impie,

Et m'arrachent ce peu qui me reste de vie!

La mort seule , la mort pourra rompre les nœuds

Dont mes bras nous vont joindre et lier toutes deux :

Mon corps sera plutôt séparé de mon ame,

Que je souffre jamais... Ah, ma fille ' !

IPHIGÉNIE

Ah, madame!

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour Le malheureux objet d'une si tendis amour! Mais que pouvez-vous faire en Tétat où nous sommes? Vous avez à combattre et les dieux et les hommes. CSontre un peuple en fureur vous exposerez-vous? N'allez point, dans un camp rebelle à votre époux, Seule à me retenir vainement obstinée.

Par cies soldats peut-être indignement traînée. Présenter, pour tout fruit d'un déplorable effort,

' La désolation est sur la scène jusqu'au déooûment qu'il n'est , pas possible de prévoir, et qui, par Foracle de Galchas et la mort d'Ériphile, est à-la-fois vraisemblable et satisfaisant. Cette marrbe, on ne sauroit trop le redire, est un modèle de perfection. (L.) Il semble qu'Iphigénie devroit répondre: jihy ma mère! Pourquoi le poëte lui fait-il dire , madame, et dans le dernier adieu :

Daignes m'ouvrir toi bras poar la dernière foi». Madame; et rappelant yotre vertu lublime...

Pour que sa mère et elJe s'attendrissent moins , et que dans ce cruel moment Glytemnestre oublie qu'elle est mère. (L. R.)

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