‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 148 sur 328 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Madame? Savez-voùs quel serpent inhumain Iphigénie avoit retiré dans son sein?

Ériphile, en ces lieux par vous-même conduite, A seule à tous les Grecs révélé votre fuite.

CLTTEMNESTRE.

O monstre, que Mégère en ses flancs a porté > !

Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté!

Quoi! tu ne mourras point! Quoi! pour punir son crime.

Mais où va ma douleur chercher une victime?

Quoi! pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux %

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux!

Quoi! lorsque, les chassant du port qui les recèle,

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle.

Les vents, les mêmes vents, si long-temps accusés.

Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés !

Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée,

Reconnois l'héritier et le vrai fils d'Atrée,

Toi, qui n osas du père éc|airer le festin,

Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin.

Mais, cependant, ô ciel! ô mère infortunée!

' Toutes ces imprécations de Clytemnestre contre Ëriphile et Jes Grecs , cette apostrophe au soleil, sont d*une admirable éloquence, et donnent nn grand mouyement à notre théâtre. Chez Euripide, Clytemnestre se retire lorsqu'on enlévei» Iphigénie : les poètes grecs désespéroient de peindre cette douleur extrême, que les paroles semblent devoir affoiblir. (G.) I * Suivant la remarque de Lnueau de Boisjermain , le mot en-

I ^loutir auroit offert une image plus grande et plus juste. Car on ne

I * peut dire noyer des vaisseaux, comme on dit noyer des Grecs. Cette

I «zpr«ssion d'ailleurs eût mieux répondu à la belle image :

L'Aulide aura vomi leur flottt criminelle.

246 IPHI6ÉNIE.

De festons odieux ma fille couronnée Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés î Calchas va dans son sang... Barbares! arrêtez : •C'est le pur sang du dieu qui lauce le tonnerre... J entends gronder la foudre, et sens trembler la terre: Un dieu vengeur, un dieu fiait retentir ces coups '.

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