‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 161 sur 328 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

AOAMEMNON.

Ouï, je la vois, et remettez4a-iBoi à Finstant même.

MÉFBLAS.

Non , je veux auparavant la montrer aux Grecs.

AGAHEMNOir. ,

Quoi ! TOUS sauriez ce que vous né devez pas savoir ! Vous auriez osé rompre le cachet!

itiNÉLAS,

Oui : dussiez-vous en mourir de dépit, j*ai découvert la trame que vous vouliez cacher.

AGAlteMNOK.

Et comment cette lettre est-elle tombée entre vos mains ? 0 dieux ! quelle impudence ! '

ttéWÂLAB.

Tattendois, sur la route d'Argos, l'arrivée de votre fille.

AGABlEJtltOK. *

Et pourquoi portez-vous sur mes action^ particulières un f^ard curieux? Quelle témérité!

MÉI^BIAS*

Je fais ce qui me plaît Suia^je votre esclave pour vous rendre compte de mea actions?

• ' > < AOAMBirNON.

Comment! il ne me sera pas permis de gouverner ma propre maison?-

HSNÉLA9.

Et vous ne savez pas vous gouverner vous-même: vous voules mntôt nne diose, tantôt une autre; un instant change vos- desseins.'

'' ' AOAHEMNON.

Quel étalage de vain's discours! Quel fléau qu'une Uiigue indiscrète!

• BliNBLAS.

Un esprit faux et perfide est bien plus odieux et plus nai^le. Je veux vous confondre. Supportez la vérité

272 IPHIGÉNIE

sans colère, et n'attendez pas de moi des ëloçes. Rappelez-vous le temps où , cachant votre ambition sous le voile de la modestie, vous n'étiez occupé qu% brig^uer le commandement de l'armée. Que vous étiez humble jilors ! vous tendiez la main au dernier des soldats; votre porte étoit ouverte aux moindres citoyens ; vous parliez à tout le monde, a ceux même qui reiîisoient de vous écouter : votre espoir étoit de g^afjner le peuple, et d'acheter de lui l'empire par la douceur de vos manières. Mais ime fois parvenu à cette dignité suprême, chang;eant tout-i^coup de mœurs et de lang^a^je, vous n'avez plus connu personne : inaccessiUe pour vos amis, invisible pour tout le monde, vous vous teniez caché au fond de votre palais. Un homme qui pense noblement, doit-il laisser la fortune altérer ainsi son caractère? N'est-ce pas sur-tout dans la prospérité qu'il doit se montrer fidèle? Et quand il a le pouvoir d'obliger, ne doit-il pas en faire usage pour le bonheur de ses amis? Voilà mon premier reproche, et la première preuve de votre mauvais cœur.

Arrivé en Aulide avec l'armée, les vents se refusent à votre départ : consterné du courroux des dieux*, anéanti sous la main qui vous frappe , vous entendez les Grecs demander à g^rands cris qu'on les renvoie, et qu'on ne les force pas à se consumer inutilement en Aulide. Quelle douleur, quelle confusion pour vous ! Ne plus commander à mille vaisseaux ; ne pouvoir pas déployer dans la plaine de Troie une armée nombreuse! Dans votre désespoir vous avez recours à moi : « Gomment faire pour u ne pas perdre ma gloire? par quel moyen conserver u mon pouvoir et ma dignité?» Mais Galchas n'a pas plus tôt annoncé dans un sacrifice, qu'en immolant votre 'fille a Diane, vous pouvez obtenir une heureuse navigation , qu'on voit éclater votre joie : vous promettez d'amener la victime; vous écrivez à votre épouse^ vous

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