‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 162 sur 328 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

écrivez librement et volontairement, osez-vous le nier? Vous lui mandez d'envoyer sa fille, comme pour la marier- avec Achille. Aujourd'hui vous n'êtes plus le même homme : vous dépêchez secrètement un courrier à Clytemnestre pour lui porter de nouveaux ordres! Vous protestez cpie vous ne serez jamais le meurtrier de votre fille, tandis que l'air même qui nous environne est témoin que vous aviez promis aux Grecs le sang d'Iphigénie ! Cette inconstance n'est pas rare dans les hommes d'état : ils ^riçuent avec ardeur le maniement des affaires; et bioitèt ils y renoncent honteusement , les uns rebutés par le caprice d'une multitude aveugle, les autres par l'impuissance de soutenir un pareil fardeau. Que je plains le sort de la Grèce ! Au lieu de la gloire qu'elle pouvoit acquérir, vous et votre fille la rendez la fable des barbares. Pour bien choisir le chef d'une nation ou d'une armée, ce n'est ni le rang, ni la naissance qu'il faut considérer; c'est le jugement, c'est la prudence: voilà les qualités essentielles d'un roi et d'un général. Dans l'ordre naturel, le premier c'est le plus sage ■•

LE CHOEUR

Qu'il est cruel de voir la discorde s'allumer entre deux frères, et des hommes si étroitement unis par le sang, s'attaquer par les plus vives injures !

' CfCt manmet sont froides dans une dispute aussi vive. Les Grecs aittotent les senleocci: Euripide sur-tout en abusoit; et cet abus le rendoit cber à Socrate , pliu philosopbe que littérateur. Socrate n'aJIoit au tbt'Âtre que pour voir les tragédies d'Euripide; et il n'estimoit les tra{;ëdics de cet anccBV que par la philosophie qu'Euripide y prodiguoit mal-à-propos. Un antre défaut , peut-être plus grand dans nos idées et dans nos mœurs, c'est cette dispute entre deux frères, qui ressemble trop à une querelle de fawMt i elle n'a pas 3i nos yeux assec de véhémence pour être tragique ; elle en trop vive et trop importante pour être comique. Les reproches que se font Aganemnon et Ménélas ne sont pour nous ni d'un style asses fort , ni dTiin tonr asset passionné. (G.)

274 IPHIGÉNIE

AôÂvétmnoK.

Ce n'est pac^ sans quelque pudeur que je iMvol» ôM^ de repousser vos outrages : il n'y a qu'un Itoifnne Til qui ne saehe point rougir ■ ; mais je vais vons répondre en peu de mots , avec la modération qui convient à mon rang, et sans oublier que vous êtes mon frère. Dites-moi ^onc pourquoi cette fureur, pourquoi ces yeux eiitiimN niés qui respirent le sang? Quel tort v6ns ffrit-on? Que dèmandez-voas? Est-ce la vertueuse épouse qu'on vous a ravie? je ne puis vous la rendre. Si vous n^aves pas stl conserver totre bien, pourquoi faut-il que je sois ptiÉii de voti'è imprudence? Ma di^ité est-elle potit* vortis HÛ objet d'envie? Sans égard pour la raison et l'honneur, ious exigez qu'on Remette entre tos bras cette fatale besfoté dont vous êtes épris : le taécbaùt sacrifie t<mt à séS honteux plaisirs. Parceque, aprèè a^^ofr pris cm mauVstis partie je suis revenu à de meilleù'rs avis , votis itie ittâiet d'insensé. N'est-ce pas vous plutôt qui perdez l'esprit, ttfits (jni, par votre heureuse étoile, délivré d'une méchâilte femme, mettez tout en œuvre pour la ramener? Des amants égarés dans le transport de la passion ont fait des serments h Tyndare; l'espoir les enivroit alors : l'espoir, ce dieu puissant, a tout f^it. Ce n'est pas à vods , ni pour vous, qu'ils ont juré'. Eh bien! marchez à leur tète; me* nez-les aux combats : vous éprouverez bientôt l'effet de ces serments forcés, dictés par l'imprudence; mais ne comptez pas que j'égorge pour vous mes enfants. Contre le droit et la justice, vôtre infidèle épouse seroit glorieuse et triomphante; et moi, père dénaturé, bourreau de ina famille, je me consumerois jour et nuit dans leâ larmes! Ce que je viens de vous dire est clair et précis: vous m'en-

' Tour tentencieux dans le goàc des Grecs. J'ai pris la liberté de U^nsposcr cette maxime : eUe ma pam produire un meilleur eRet à la plact que je lui ai donnée. (G.) — * Voyez Racine , act. t, fc. ui.

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