‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 187 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE III. Sog · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. Sog

CLTTEMNE8TAK.

Généreux défenseur des malheureux , jouissez du bonheur que vous méritez.

ACHILLE

Écoufez maintenant quelle est la première démarche qu'il TOUS convient de faire...

CLYTEMNESTRE

Parlez : je tous écoute comme l'arbitre de mon sort.

ACHILLE

Il faut d'abord essayer d'attendrir le père d'Iphiçénie, H de le ramener à de meilleurs sentiments.

CLTTEMNESTllE.

Lui ! Cest un lâche : il craint trop l'armée.

ACHILLE

Mais on peut lui opposer des raisons qui détruisent les siennes et le fassent changer d'avis.

CLTTEHNESTRfi.

Je n'ai qu'une espérance bien foible : dites-moi cependant ce qu'il faut faire. ^

ACHILLE

Jetez-vous à ses pieds, mettez tout en. œuvre pour l'émouvoir : réveillez la tendresse paternelle. S'il reste inflexible, alorç venez à moi ; mais s'il se rend à vos prières, s'il se laisse toucher par votre douleur, mon secours vous est inutile, et vous êtes sauvée. Je retrouve un ami dans Agamemnon; et l'armée n'a point à me reprocher d'avoir employé la violence oii la persuasion suffisoit. Il sera d'eux pour vous et pour vos amis de n'avoir "pas eu be^ soin d'un autre défenseur que vous-même.

CLTTEMNESTRE.

Que de sagesse dans vos conseils! C'est mon devoir de les suivre; mais si Agamemnon reste inflexible, où pourmje vous trouver? Malheureuse, où me faudra-t-il chercher votre main secourable?

3io IPHIGÉNip.

ACHILLE

Allez , reine , Achille ne tous perdra pas de vue : il se présentera au besoin. U ne faut pas qu'on vous voie désolée , errer au milieu d'un camp. Ne faites rien qui soit indigne de votre naissance : Tyndare, un des plus grands hommes de la Grèce, ne mérite pas qu'on déshonore son nom.

CLTTEMNESTRE.

Non, sans doute : commandez, j'obéis. S'il y a des dieux, votre vertu trouvera sa récompense; et s'il n'y en a pas, à quoi sert la vertu > ?

* L'alternative ctt hardie , mais elle ett excusée par le désespoir de Oylemncstre. Cet acte est pins rempli que ne le sont ordinairement les actts des tragédies grecques : TentrcTue d'Achille et de Qytenmestre , fanoonce soudaine du malheur qui menace Iphîgëm'e , les prières et les plaimes d'une mère, les promesses et les lencîments d'un génërcns guerrier, fonnrm des scènes d'un grand intérêt , pleines de vérité , et dialoguera avec un art d'autant plus précieux , qu'il se cache , pour ne laisser voir que U nature danfc sa belle et noble simplicité. (G.)

Ï1N DU QUATRIEME ACTE

INTERMÈDE DU QUATRIÈME ACTE

STROPHE

Quel brillant byménée ! Qnels célestes concerts , lorsque la flûte libyenne, la lyre, amante des danses légères, ■et les cbalameaux des bergers , faisoient retentir les échos du mont Pélion, lorsque les Muses, dans un festin solennel des dieux , frappant la terre d'un pied léger, et n'y unprimant qu'à peine la trace de leurs brodequins d'or, oélâ>roiebt les noces de Pelée, et chantoient les louanges de Thëtis et du fils d'iEaque sar les montagnes des Centaures , environnées d'épaisses forêts ! Lk , le Phrygien Ganiméde, les délices de Jupiter, puisoit dans des coupes le vin des libations; et près de lui, les cinquante filles de Néree fouloient en cadence un sable doré, honorant par des danses joyeuses l'hymen d'une sœur chérie.

ANTISTHOPHE.

Couronnés de verdure, armés de leurs traits, les Centaures arrivent pour prendre part au banquet des dieux et aux dons de Bacchus. Us s'éccient: u O fille de Nérée, tf ô jeune Thessalienne , lumière de ces lieux ! Apollon pour tt qui l'avenir est dévoilé, Chiron initié aux mystères des u Muses , ont prédit qu'un jeune f^uerrier, à la tête des « Myrmidons, portera la flamme dans la terre de Priam, u couvert d'armes brillantes , ouvrage de Vulcain , don tt de Thétis, sa mère, qui l'enfantera pour le bonheur et « pour la gloire. » Ainsi les dieux se réunirent pour embellir les noces de Pelée et de la première des Néréides.

3i:2 INTERMÈDÇ.

ÉPODE

Mais vous, à malheureuse Iphigéoie! les Grecs vont couronner de guirlandes vos cheveux flottants. Ils vont enfoncer dans votre sein le fer sacré. Ainsi tombe aux autels la tendre génisse des monta(];nes nourrie dans le creux d'un rodier, élevée au son des instruments champêtres et de la flûte des bergers. O Iphigénie, vous croissiez à Tombre du palais de vos pères! Glytemnestre prenoit plaisir à cultiver en vous les dons de la nature, et formoit pour le plus heureux des époux la plus aimable des femmes. Mais la pudeur, mais Thonnéteté, peuvent-elles quelque chose pour le bonheur? par-tout l'impiété triomphe, la vertu est foulée aux pieds, l'injustice brave les* lois; et ce siècle corrompu doit trembler de voir bientôt éclater, sur des têtes coupables, la vengeance céleste, retenue trop long-temps '.

■ Je dois encore avertir que de pareik morceaux ne supportent poiot une véritable traduction , qui seroit barbare et inintelligible : ik ne peuvent être rendus qu'à l'aide de l'imitation et de b paraphrase. ( G.)

FIN DE L INTERMEDB DU QUATEIEME ACTE.

Page 1