ACTE IV, SCÈNE III
mensonges; nn fourbe que le hasard favorise quelquefois, et qui a recours à l'artifice quand il est contredit par le sort >. Ce qui excite mon ressentiment, ce n'est pas de me voir frustrer d'un hymen auquel je n'avois point son^': tous le» princes 4e î^ Grèce recherchent mon alliance; mais je ne puis supporter l'oatrage personnel que me fait Açamenmon. S'il avott besoin de mon nom pour attirer sa fille en ces lieux , il devoit me le demander. Clytemnestre seseroît laissé persuader aisément de me donner Iphigénie; et moi , j'aurois donné Iphiçénie aux Grecs , si rheureux départ de la flotte eût été attaché k ce sacrifice; faurois immolé ma nouvelle épouse au bonheur de mes compagnons d'armes. Mais je ne suis rien aux yeux des Aeh de l'armée. Cependant ce fer leur apprendra bientôt qu'il m'est aussi aisé de leur nuire que de leur servir. Âvaot d'aborder aux rivages phrygiens, peut-être trouverai-je ici l'occasion d'ensanglanter mon bras, si quelque téméraire essaie de m'enlever votre fille. Bannissez toute crainte. Vous m'avez imploré comme une divinité tutélaire: je ne suis pas un dieu ; mais je le deviendrai pour vous'.
LE CHOSUR.
Achille, voilà un langage digne de vous, digne de la déesse des mers qui vous a donné le jour.
CLTTEMNEST&E.
Quels remerciements, quelles bénédictions ne vous dois-je pas , ô le plus généreux des guerriers ! Je crains d'en dire trop , ou de n'en pas dire assez : je crains de vous déplaire. L'homme vert^eux hait l'excès de la louange. Je n'ose vous importuner par des lamentations sur des
' Ce D*est pas Achille qui parle , c'est Euripide , c'est le disciple de Socratr. (G.)
* Dam Li pièce de Racine , c'eit )k Ipbigënie q«'Achille adresse ce discours: ▼oyei act. UI, se. vi.
3o8 IPHIGÉNIE,
malheurs qui ne touchent que moi ; mais un héros magnanime met sa gloire à soulager des maux qu'il ne partage pas. Ayez pitié de nous : notre sort en est bien digne» O vous y que je me suis flattée un moment d'avoir pour gendre, soyez mon protecteur: craignez que la^mort de ma fille ne soit dans la suite un présage fimeste pour celle dont on vous offrira la main! Vous avez d'abord déclaré votre intention généreuse; vous allez de même l'exécuter. Pour sauver ma fille , il vous suffit de le vouloir. Vous la verriez , suppliante, embrasser vos genoux, si la pudeur de son sexe n'arrétoit ses pas; mais si vous le desirez, elle va paroitre devant vous , le visage couvert de cette rougeur modeste qui convient à sa naissance. Qu'exigez -vous de cette infortunée ? Daignerez - vous la. secourir sans qu'elle se présente?
ACHILLE
Qu'elle se dérobe aux regards des hommes : la pudeur est le premier devoir de son sexe.
CLTTEMNESTRE.
Hélas! le malheur nous réduit quelquefois à la nécessité d'enfreindre ce devoir,
ACfîlLLE*
Heine, n'offrez point votre fille k mes yeux; ne nous exposons point h. la malignité des soupçons du vulgaire : nous sommes environnés de soldats oisifs , indiscrets ^ effrénés dans leurs discours, aimant à se repaître de satires et de calomnies. Je n^ai pas besoin qu^on me supplie pour être juste. Mon devoir est de vous sauver. Je jure de combattre ou de périr pour vous i si je vous abandonne, que !e riel me foudroie ï G*^ serment est pour vous le gage îc plus sur de ma fidélité '*
' Je mt tuû ici lU peu écarttf Ju lette qui dii tîttef^lenipnt : Si Je mem^ s t je fais tk' Jiiuis^s promessr^, qut ]0 meunt Mai$ *(jnJ tauve votre jUh, ^ue jv n« mturv point I (G.)