ACTE V, SCÈNE V
que lui '? Si Diane veut me prendre pour victime, mortelle, puis-je résister à une déesse? Je me donne à la Grèce : immolez-moi, guerriers; et, couverts de mon sang, courez renverser Troie ; ses ruines seront les monuments éternels de ma gloire; ce seront mes enfants, mon hymen, mon triomphe. Songez enfin, ô ma mère! qWil appaitient aux Grecs de donner des lois aux barbares, et non pas aux barbares de commander aux Grecs : les barbares naissent esclaves , et la nature a fait les Grecs pour être libres \
LE'CHOECfR.
Jeune Iphigénie, que ton cœur est noble et généreux! Mais la fortune n'en est pas moins cruelle, ni la déesse moins impitoyable pour toi.
ACHILLE
Fille d'Agamemnon , j'aurois regardé comme une faveur des dieux de pouvoir unir mon sort au vôtre. Heureuse la Grèce d'avoir produit une aussi rare vertu! Heureuse vous-même de faire à la Grèce un si beau sacrifice! Vous venez de parler d'une manière digne de vous, digne de la patrie. Au lieu de lutter inutilement contre les dieux , vous atez su vous faire de la nécessité un titre de gloire; et quand je considère la générosité de votre caractère, je sens s'augmenter dans mon cœur le désir d'jêtre votre
* J'adoucù ici le sens d'Euripide, qai dit crûment, et en forme de sentence : « La Tie d'un seul homme vaut mieux que celle de dix mille fem- «mes. • (G.)
' Ce morceau brillant réunit ik la beauté locale la beauté de tous les pays et de tous les temps. Il étoit flatteur pour les Grecs , il doit nous paroître sublime. Aristote blâme Euripide de n'avoir pas soutenu le caractère dlpbigénie, de faire tont-à-coup une héroïne d'une fille foible et timide ; mais il y a des situations et des circonstances qui autorisent ce cbangemeni de caractère. La résolution d'Iphigénie doit être regardée comme une ias|Nration soudaine des dieux qui l'ont choisie pour victime , et qui dans ce moment l'élément au-dessus d'elle-même. (G.)
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époux. Quelle noblesse de sentiments ! Quelle grandeur d^ame ! Mais réfléchissez encore : je veux vous servir : je veux vous attacher à ma destinée. Oui, f en jure par Thétis, je brûle de combattre pour vous contre les Grecs, de vous arracher de leurs mains. Quelle douleur pour moi, s'il faut vous. abandonner et vous perdre! Peignez-vous bien toutes les horreurs de la morL
IPHIGÉNIE
Vous m'avez entendue: c'est mon cœur qui a parlé sans détour et sans feinte. Que la fatale beauté d'Hélène allume le flambeau de la guerre , et fasse couler le sang ; pour moi, ô illustre étranger! je vous supplie, je vous conjure de ne faire périr personne, et de ne pas périr vous-même pour me défendre : laissez -moi, si je puis, sauver la Grèce.
ACHILLE
Dévouement magnanime! Je n'y résiste plus: je respecte, j'admire votre résolution : et qui pourroit la combattre ? Mais s'il arrive que votre cœur balance , je vous en préviens, et retenez bien ce que je vous dis : je cours à l'autel; vous m'y verrez armé pour votre défense, prêt à vous dérober k la mort; et peut-être accepterez -vous mon secours , quand vous verrez le glaive approcher de votre sein. Comptez que je ne vous laisserai point périr victime de votre imprudence. Je vole au temple avec l'élite de mes guerriers, et c'est là que je vous attends.