‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 198 sur 328 · ACTE V, SCÈNE V. SaS · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. SaS

CLYTEMNESTRE

Que les dieux secondent votre courage !

ACfllLXE.

N^en doutez pas , ils me seconderont.

GLTTEMNESTAE.

Ma fiUe ne mourra donc pas?*

ACHILLE

Non , tant que je vivrai ' .

GLYTEMNESTBE.

Ne va-t-on pas venir l'enlever à sa mère?

ACHILLE

/)ui. Ulysse va paroitre à la tête de ses satellites-

CLTTEMNESTRE.

Qui ? Le petit-fils de Sisyphe?*

ACHILLE

Lui-même.

CLTTEMNESTRE.

De son propre mouvement, ou envoyé par Farmée?

ACHILLE

L'armée Ta choisi ; mais il a brig[ué son choix.

CLTTEMNESTRE.

Choisi pour un assassinat? Quel emploi!

ACHILLE

Mais il me trouvera, le barbare!

CLYTEMNESTRE

Quoi ! il oseroit m'arracher ma fille?

ACHILLE

Lui! Il la traineroit dans le camp par les cheveux!

CLTTEMNESTRE.

Et que faut-il alors que je fasse? •

Serrer votre fille dans vos bras.

• Le grec dit: Non, de mon consentement: ce qui est bien plus foible et plu nûfonnable. J'ai payé on tribut à nos moeurs en altérant ce passage.

3a6 IPHIGÉNIE.

CLTTENRESTRE.

Et pourrai-je par là Fempécher d'être immolëe?

ACHILLE, en portant la main à son épée. Ce glaive alors en décidera.

IPBIGÉNIE.

Écoutez-moi Tun et Tautre: je vous vois, 6 ma mère! transportée d'une vaine colère contre votre époux. La résistance est impossible: pourquoi tenter d'inutiles efforts? Et vous, g^énéreux étranger, mon cœur sent tout le prix de vos services; mais je ne dois pas exposer sans fruit des jours aussi précieux que les vôtres. Redoutez, ma tendre mère, le courroux de Varmée; cédez au sort. Voici le dessein que les dieux m'inspirent : j'ai résolu de mourir; mais je veux mourir avec gloire, et imposer silence à la calomnie. Daignez, ô ma mère! peser avec moi les motifs qui m'animent. Dans ce moment, la Grèce tout entière me regarde; elle attend de moi le départ de ses vaisseaux, la destruction des Phrygiens, la punition éclatante d'un infâme ravisseur, l'exemple d'une vengeance mémorable qui doit h jamais épouvanter les barbares, et mettre nos plus illustres familles à l'abri de leurs attentats. Ma mort affranchit ma patrie de ces indignes craintes, et mon nom volera de bouche en bouche : l'honneur d'avoir délivré la Grèce immortalisera ma mémoire. Loin de moi un attachement honteux à la vie! Vous ne m'avez pas fait naître pour vous seule, mais pour tous les Grecs. Quoi! cette foule de guerriers , ce peuple de héros prêts à s'élancer sur les mers pouf venger la patrie, et qui n'aspirent qu'à l'honneur de mourir en cohibatt^nt ses ennemis, seront tous arrêtés par une fille pusillanime! Je serois confondue, accablée d'un tel reproche. D'ailleurs, nous convient-il de souffrir qu'un guerrier, qu'Achille, brave toute l'armée, et périsse pour une femme? Ma vie ne seroit-elle pas achetée trop cher au prix du sang d'un homme tel

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