SCÈNE IX
CLYTEMNESTRE, un messager, le chœur.
UN MESSAGER
Fille deTyndare, hàtez-vous de sortir; venez entendre un récit intéressant.
CLYTEMNESTRE
J'accours à ta voix, éperdue, épouvantée : est-ce quelque nouveau malheur que tu viens m'annoncer?
' Ce chœur est bien court : on ne peut supposer que les grands évèuements du sacrifice se soient passés en si peu de temps. Euripide viole ici les règles de l'art et de la traisembUnce ; à moins qu'où ne dise , pour Texcnser , que le chant et la musique rendoient ce chœur beaucoup pins louf; qu'il ne noiu le paroit. ( G.)
LE MESSAGER
O reine , j'ai des prodiçes à vous raconter sur le sort de votre fille.
CLTTEMNESTRE.
Parle doni^ pourquoi tardes-tu à satisfaire mon impatience?
LE MESSAGER
Vous allez tout apprendre : je yais vous faire un rapport fidèle de ce grand événement, pourvu qu'il n'échappe rien à la foiblesse de ma mémoire. Nous avons conduit votre fille au bois et à la prairie dé* Diane, où l'armée étoit réunie. Dès qu'on l'aperçoit, une foule immense se presse autour d'elle; Agamemnon , voyant Iphigénie traverser le bois pour aller à la mort, gémit, et détourne la téte^ couvrant son visage de son manteau, pour cacher ses larmes ^ Sa fille s'approche, et lui dit: uMon père, « me voilà : je donne mon sang à ma patrie, je m'immole M à la Grèce. Je me rends à l'autel de la déesse dont Fou racle a demandé ma mort. Partez : que la victoire acu compagne vos armes ! Je ne mets plus d'obstacles à votre M bonheur; revenez triomphant et couvert de gloire. Mais n qu'aucun des Grecs ne porte sur moi ime main profane : «je saurai tendre courageusement la tête aa sacrificaa teur. » Elle dit : et tous ceux qui l'écoutent sont saisis d'étonnenient, tous admirent sa grandeur d'amet Talthybius, au milieu de l'assemblée, recommande aux Grecs un profond silence et un respect religieux. Le devin Caichas tire du fourreau le glaive sacré, et le place sur un bassin; il couronne la tête de la victime.' Ensuite le fils de Thétis , saisissant le bassin et le vase d'eau lustrale, fait en courant le tour de l'autel , et s'écrie : u O Diane, la tera reur des hôtes des forêts, toi dont le char lumineux dis-
' Voye« Racine, act. V, se. v.