‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 210 sur 328 · ACTE I, SCÈNE I. 34g · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. 34g

HIPPOLYTE

Cet heureux temps n'est plus. Tout a changé de face, Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé La fille de Minos et de Pasiphaé.

THÉRAMÉNE.

J entends : de vos douleurs la cause m'est connue. Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue. Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit, Que votre exil d'abord signala son crédit '. Mais sa haine sur vous autrefois attachée, Ou s'est évanouie , ou s'est bien relâchée. Et d'ailleurs quels périls vous peut faire courir Une femme mourante, et qui cherche â mourir? Phèdre, atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire. Lasse enfin d'elle-méme*et du jour qui l'éçlaire. Peut-elle contre vous former quelques desseins?

HIPPOLYTE

Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains. Hippolyte en jgartant fuit une autre ennemie : Je fiiis , j e l'avouerai , cette j eune Aricie , Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THÉRAMÉNE.

Quoi! vous-même, seigneur, la persécutez-vous? Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides ^ Trempa-t-eUe au» complots de ses frères perfides?

' Cet exil est une henrense imagination de Racine; il feint que Phèdre, encore vertueuse, a fait éloigner Hippolyte qu'elle aime, pour se soustraire au danger de le voir souvent. (L. B. )

» Pallantides, c'ëtoient les fils de Pallante , frère d'Égëe , père de Thésée, <{Qi, se voyant frustrés de l'espérance de succéder à leur

35o PHÈDRE.

Et devez-vous haïr ses innocents appas?

HIPPOLYTE

Si je la haïssois, je ne la fuirois pas.

THÉRAMÉNE. Z

Seigneur, m'est-il permis d'expliquer votre fuite? Pourriez- vous n'être plus ce superbe Hippolyte Implacable ennemi des amoureuses lois.

Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois? Vénus, par votre orgueil si long-temps méprisée, Voudroit-cUe à la fin justifier Thésée?

Et, vous mettant au rang du reste des mortels, Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels? Aimeriez-vous, seigneur?

HIPPOLYTE

Ami, qu'oses-tu dire?

Toi, qui connois mon cœur depuis que je respire. Des sentiments d'un cœur si fier, si dédaigneux. Peux-tu me demander le désaveu boqteux?

C'est peu qu'avec son lait une mère aiyazone > M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne; Dans un âge plus mûr moi-même parvenu,

oncle dans le royaame d'Athènes par l'arrivëe de son fils, conjarèrent contre lui. Thésée les fit toas mourir. (Plctirq., f^îe de Thésée, p. 5 ef 6. ) Ce meurtre l'obligea k s'exiler d'Athènes. (P\i:3A!ï., AtHq.^ p. V.) (L. B. ) Nous remarquons ici, pour la deinière fois, que Racine emploie souvent la préposition au pour la préposition dans. Trempa-t-elle est un tour désa^éable et dur.

' Cette mère amazone étoit Antiope, reine des Amazones, »eloa Plutarque, Fie de Thésée, p. 12 ; ou Hippolyte, selon Athénée, lib. XIII, p. 557, que Thésée épousa après sa première expédition contre ces célèbres héroïnes. ( Pavsait. , Attiq, , p. a5.) (L. B.)

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