ACTE I, SCÈNE I. 35i
Je me suis applaudi quand je me suis connu. Attaché près de moi par un zèle sincère, Tu me contois alors Thistoire de mon père. Tu sais combien mon ame, attentive à ta voix, S'échauffoit aux récits de ses nobles exploits; Quand tu me dépeignois ce héros intrépide Consolant les mortels de labsence d'Alcide, Les monstres étouffée, et les brigands punis ',
' Bacine a imité et embelli Ovide, qui fait ainsi l'enumëration des exploits de Thésée :
m Te maxime Thesea , M Mirata est Marathon Creta;i tanguine tanri ;
■ Qao(i(qne suis securus arat Cromyona colonus,
■ Monus opusque tuam est. TeQus Epidauria per te « CIi\vigeram vidit Vulcani occumbere prolem ;
• Vidit et immitem Ccphisias ora Procrusten ; m Cerc^'oois letum vidit Cerealis Eleusis.
■ Occidit ille Siaïs , magnis maie Tiribus usus , « Qai poterat cnrvare trabes , et agebat ab alto
■ Ad terram latè sparsuras corpora pinfis.
m Tutas ad Aicatbo(*n, Lelegeia mœoia, limes m Compdsito Scirone , patet : sparsique latronis « Terra negat sedem , sedem negat ossibus imda. m
• Iflastre Thésée, Marathon t'admira lorsque tu lui apparus tout couvert du sang du Miftotanre. Si* l'humble laboureur cultive paisibiemeot les champs de Gromyou, c'est à toi, c'est à ta valeur qu'il le doit. Vainement le fils de Vulcain s'arma d'une massue; la terre d*Épidanre le vit tomber sous tçs coups ; les bords du Géphise furent témoins de ta victoire sur Fimpitoyabl^ Procruste. Eleusis , consacrée à Gérés, applaudit a la mort de Gercyon. Tu délivras le monde de ce Siuis qui n'usoit de sa force prodigieuse que pour le crime. Le montre courboit le tronc des plus grands arbres ; il abaissoit jusqu'à terre la cime des pins > et y attachoit ses victimes ; et soudain l'arbre , en se redressant , dispersoit dans les airs leurs membres déchirés. Enfin, la mort de Sciron laisse aux yoyagetirs
352 PHÈDRE
Procuste, Gercyon, et Sciron, et Sinis,
Et les os dispersés du géant d'Épidaure,
Et la Crète fumant du sang du^Minotaure ^
Mais, quand tu récitois des faits moins glorieux.
Sa foi par-tout offerte, et reçue en cent lieux;
Hélène à ses parents dans Sparte dérobée;
Salamine témoin des pleurs de Péribée ^ ;
Tant d autres, dont les noms Itii sontméme échappes,
Trop crédules esprits que sa flamme a trompés!
Ariane aux rochers contant ses injustices 3;
Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices;
Tu sais comme, à regret écoutant ce discours,
Je te pressois souvent d'en abréger le course.
Heureux si j avois pu ravir à la mémoire
Cette indigne moitié d'une si belle histoire!
Et moi-même, à mon tour, je me verrois lié !
Et les dieux jusque-là m'auroient humilié!
nn chemin libre pour arriver aux murs d'Alcathoë, bâtis par Lélex. La terre refuse de couvrir les restes ëpars de ce briçaod, et Tonde indicée les rejette sur la rive. • {Métam.^ lib. VU, ▼. 4^3, etc.) ' Observez que fumant est ici participe indéclinable du verbe fumer, et n'est point Tadjebtif yerhaiyumanty fitmante. Ces deux manières de parler sont également gracieuses, et le poète a choisi celle qui convenoit à son vers. (L.)
* Cet enlèvement d'Hélène, par Thésée, a fourni à Racine le dénoiiipent de son Iphigénie. Péribée^ mère d'Ajax. (G.)
' Ce vers est le plus beau de ceux qui composent ce résumé rapide et brillant, et qui tous sont beaux. Quel intérêt dans ce trait narratif , jeté comme en passant : eatx rochers contant ses injustices! C'est l'imafpnation qui produit cet intérêt de style dans les plus petits détails. (L.)
* Va a. Je te presiois souvent â^en arrêter le cours.