‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 231 sur 328 · ACTE II, SCÈNE II. 38i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 38i

Vous Toyez devant vous un prince déplorable, D'un téméraire orgueil exemple mémorable. Moi qui, contre Tamour fièrement révolté, Aux fers de ses captifs ai long-temps insulté; Qui, des fbibles mortels déplorant les naufrages, ' Pensois toujours du bord contempler les orages ; Asservi maintenant sous la commune loi.

Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi! Un moment a vaincu mon audace imprudente : Cette ame si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois, honteux, désespéré. Portant par-tout le trait dont je suis déchiré. Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve: Présente, je vous fuis; absente, je vous trouve; Dans le fond des forêts votre image me suit; La lumière du jour, les ombres de la nuit. Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite; Tout vous livre à Tenvi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus. Maintenant je me cherche, et ne' me trouve plus; Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune^, Je ne me souviens plus des leçons de Neptune; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix. Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait, en m'écoutant, rougir de votre ouvrage. D'un cœur qui s'offre à vous quel farouche entretien ! Quel étrange captif pour un si beau lien! Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère : Songez que je vous parle une langue étrangère :

382 PHÈDRE

Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés >

Qu'Hippolyte sans vous n'auroit jamais formés ■.

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