‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 241 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I. Sg · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. Sg

PHÈDRE

Il n'est plus temps : il sait mes ardeurs insensées. De Taustère pudeur les bornes sont passées : J'ai déclaré ma honte aux yeux de mon vainqueur. Et Tespoir malgré moi s'est glissé dans mon cœur ^ Toi-même, rappelant ma force défaillante, Et mon ame déjà sur mes lèvres errante, Par tes conseils flatteurs tu m'as su ranimer: Tu m'as fait entrevoir que je pouvois l'aimer.

OENONE

Hélas! de vos malheurs innocente ou coupable, De quoi pour vous sauver n'étois-je point capable? Mais si jamais l'offense irrita vos esprits, Pouvez-vous d'un superbe oublier les mépris? Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissoit à ses pieds peu s'en faut prosternée! Que son farouche orgueil le rendoit odieux ! Que Phèdre en ce moment n'a voit-elle mes yeux!

PHÈDRE

C£none, il peut quitter cet orgueil qui te blesse; Nourri dans les forêts, il en a la rudesse.

' Trait de renié frappant dans la peintare des passions. C'est ici la première fois que Phèdre parle d'espoir: jusque-là elle ne Tonloit que mourir. Elle a fait le preujier pas; elle ne peut plus B*arréter. Voilà pour la partie morale. Pour la partie dramatique, observez que ce beau développement d'espérance qui va suivre, sert a varier les effets dans une même situation ; ce qui est essentiel pour sauver l'uniformité d*uoe plainte continue, et amener les ahemaiive» indispensables au théâtre. Cette théorie n*est connue que des excellents artistes, et pas un n'y a manqué; c'est une des principales sources d'intérêt. (L.)

SgS PHÈDRE.

Hippolyte, endurci par de sauvages lois, Entend parier tl amour pour la première fois : Peut-être sa surprise a causé son silence; Et nos plaintes peut-être ont trop de violence.

eBNONE.

Songez qu'une barbare en son sein la formé ^

Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aimé.

' Ce dialogue coupé estime imitation de Sénèque :

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