‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 240 sur 328 · SCENE L · texte numérisé non relu

SCENE L

PHÈDRÇ, ŒNONE.^

PHÈDRE

Ah! que Ton porte ailleurs les honneurs qu'on m'envoie : Importune, peux-tu souhaiter qu'on me voie? De quoi viens-tu flatter mon esprit désolé? Cache-moi bien plutôt : je n ai que trop parlé. Mes fureurs au dehors ont osé se répandre : J'ai dit ce que jamais on ne devoit entendre. Ciel! comme il m'écoutoit! Par combien de détours L'insensible a long-temps éludé mes discours I Comme il ne respirait qu'une retraite prompte! Et combien sa rougeur a redoublé ma honte! Pourquoi détournois-tu mon funeste dessein > ? Hélas ! quand son épée alloit chercher mon sein , A-t-il pâli pour moi? me Fa-t-il arrachée? Il suffit que ma main l'ait une fois touchée,

' Je ne fais remarquer que comme des hardiesses détromper une erreur^ convaincre des amours, détourner un dessein. Car les poètes ont droit de personnifier tout ce qu'ils veulent ; mais encore faut-il qn^on sache à quel style appartiennent ces manières de parler, si Ton veut discerner en quoi Texemple de nos hons auteurs peut faire loi, ou n*étre pas suivi aveuglément. (D'O.)

3^6 PHÈDRE

Je Tai rendue horrible à ses yeux inhumains;

Et ce fer malheureux profaneroit ses mains.

OENONE

Ainsi, dans vos malheurs ne songeant qu à vous plaindre, Vous nourrissez un feu qu'il vous faudroit éteindre. Ne vaudroit-il pas mieux, digne sang de Minos, Dans de plus nobles soins chercher votre repos; Contre un ingrat qui plaît recourir à la fuite, Régner, et de Fétat eoobrasser la conduite?

PHÈDRE

Moi, régner! Moi, ringer un état sous ma loi Quand ma foible raison ne régne plus sur moi! Lorsque j'ai de mes sens abandonné Fempire! Quand sous un joug honteux à peine je respire! Quand je me meurs ' !

OENONE

Fuyez.

PHÉORE.

Je ne le puis quitter.

OENONE

Vous Fosâtes bannir, vous n'osez Féviter?

' Gomme ce vers, coupe an second pied , semble tomber avec la phrase et avec Phèdre, et peint l'abattement et la défaillance! Oo pourroit remarquer en mille endroits cet art de conper le vers et de le varier, suivant l'intention de la phrase, comme dans cetantre vers, Si ma fiUe une fois met le pied dans fAulide , Elle est morte. Calchas , etc.

Mais, dans chacune genre de beautés, on a cru ne devoir s'arrêter qu'à quelques exemples, et autant qu'il le falloit pour indiquer les autres. (L.) Voyez, à la fin de la pièce, U traduction de la scène de Sénèque.

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