‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 243 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

OENONEi

Il a pour tout le sexe une haine fatale.

PHÉDAB.

Je ne me verrai point préférer de rivale ".

Enfin, tous tes conseils ne sont plus de saison :

Sers ma fureur, Œnone, et non point ma raison.

Il oppose à Famour un cœur inaccessible;

Cherchons pour lattaquer quelque endroit plus sensible':

Les charmes d'un empire ont paru le toucher;

Athènes Tattiroit, il n'a pu s'en cacher;

Déjà de ses vaisseaux la pointe étoit tournée,

Et la voile flottoit aux vents abandonnée.

Va trouver de ma part ce jeune ambitieux,

Œnone; fais briller la couronne à ses yeux :

Qu'il mette sur son front le sacré diadème;

Je ne veux que Thonneur de l'attacher moi-même ^.

Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder.

Il instniû*a mon fils dans l'art de commander;

Peut-être il voudra bien lui tenir lieu de père :

Je mets sbus son pouvoir et le fils et la mère.

Pour le fléchir enfin tente tous les moyens :

Tes discours trouveront plus d'accès que les miens ;

Presse, pleure, gémis; peins-lui Phèdre mourante;

' Ce vers, qui daDs Sënèque n'est qu'un trait de passion, est dans Racine le germe d'une sitifttion. Cette femme, qui attache un si grand prix à n'avoir point de rivale, dans quel état sera-t-elle, Jorsqa'un moment après elle apprendra qu'elle en a une! (L.)

* L'idëe appartient à Sénèque; mais le sentiment passionné que présente le dernier vers est à Racine. Sénèque ne connoi«soit point les sentiments : il n'y ache^luique des traits et des sentences. (^.)

4oo PHÈDRE.

Ne rougis point de prendre une voix suppliante : Je t'avouerai de tout; je n espère qu'en toi. Va : j'attends ton retour pour disposer de moi.

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