ACTE III, SCÈNE III. 4o
PHÈDRE
Moi, que j'ose opprimer et noircir Tinnocence > !
ŒNONE
Mou zélé n'a besoin que de votre silence. Tremblante comme vous , j'en sens quelques remords. Vous me verriez plus prompte affronter mille morts. Mais, puisque je vous perds sans ce triste remède, Votre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède : Je parlerai. Thésée, aigri par mes avis, Bornera sa vengeance à Texil de son fils : Dn père, en punissant, madame , est toujours père; Un supplice léger suffit à sa colère.
Mais, le sang innocent' dût-il être versé. Que ne demande point votre honneur menacé? C'est un trésor trop cher pour oser le commettre. Quelque loi qu'il vous dicte, il faut vous y soumettre, Madame; et pour sauver votre honneur combattu >, Il faut immoler tout, et même la vertu. On vient; je vois Thésée.
PHÈDRE
Ah! je vois Hippolyte;
' CeUe réponse, qoi respire Thorreur du crime, sort du cœur de Phèdre, et n'est point démentie, quoi qu'on en dise, par la fin de la scène. Cest alors la vue d'Hippolyte à côté de Thésée, qui bouleverse l'ame de cette mattieureuse femme, au point qu'elle laisse dire et faire à OËnone tout ce qu'elle a proposé. C'est celte adresse dont Euripide et Sénèque sont également loin. (L.)
* Combattu : mot impropre pour attaqué, menacé, en danger. Trois vers plus haut , Racine avoit placé le mot propre :
Que ne demande point voire honnenr menacé? (G.)
4o6 PHÈDRE.
Dans ses yeux insolents je vois ma perte écrite *. Fais ce que tu voudras , je m'abandonne à toi. Dans le trouble où je suis, je ne puis rien pour moi.