‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 246 sur 328 · ACTE m, SCÈNE III. 4o · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III. 4o

Attendent mon époux pour le désabuser.

Mourons : de tant d'horreurs qu^un trépas me délivre. Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre ■ ? La mort aux malheureux ne cause point d'efFi*oi : Je ne crains que le nom que je laisse après moi. Pour mes tristes enfants quel affreux héritage ! Le sang de Jupiter doit enfler leur courage; Mais, quelque juste orgueil qu inspire un sang si beau, Le Crime d'une mère est un pesant fardeau. Je tremble qu^un discours, hélas ! trop véritable , Un jour ne leur reproche une mère coupable. Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux L'un ni l'autre jamais n'osent lever les yeux.

OKNONE.

Il n'en faut point douter, je les plains l'un et l'autre ; Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre. Mais à de tels affronts pourquoi les exposer? Pourquoi contre vous-même allez-vous déposer? XTen est fait : on dira que Phèdre, trop coupable, De son époux trahi fuit l'aspect redoutable. Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos jours Vous-même en expirant appuyez ses discours^. A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre :

' TradactioD de cet hémistiche de Virgile : m Usqne adeôoe mori inisemm e«t? »

«Est-ce donc un si grand malheur de moniir? » (JSneid., lib. XIF, T. 646. (G.)

* La grammaire demande appuyiez. Voyez une note sur le même sDJet, Mithridate, act. HI, se. m.

4o4 PHÈDRE.

De son triomphe affreux je le verrai jouir,

Et conter votre honte à qui voudra Touïr.

Ah ! que plutôt du ciel la flamme me dévore !

Mais, ne me trompez point, vous est-il cher encore?

De quel oeil voyez-vous ce prince audacieux?

PHÈDRE

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux'.

OENONE

Pourquoi donc lui céder une victoire entière? Vous le craignez : osez Taccueer la première » Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira? Tout parle contre lui : Son épée en vos mains heureusement laissée, Votre trouble présent, votre douleur passée. Son père par vos cris dès long-temps prévenu, Et déjà son exil par vous-même obtenu.

' Trait naturel et vrai, qui peint bien TiHusion que, dans cer- * tains moments, la passion se fait à elle-même. Jt le vois et a ma yeux forment une espèce de pléonasme très excusable dans le trouble et le désordre de Phèdre. (6.)

3 Dans Sénèque, la nourrice dit à Phèdre :

M Regeramus ipsi crimen , atque ultro impiam m Venercm arguamus. Scelere veUndam ett scdos. • Tutissimum est ioferre , cùm timoat, gradnia. « Ânsae priores simos , an passe nefas , a Sccreta cùm sit cnipa, quis tesiis sciet? ■

« Rejetons Tattentat sur lui. Nous-mêmes accusons-le d nn amour incestueux. Cachons un crime par un crime. Lorsqu'on craint, le plus sûr est d'avancer toujours. Le secret nous favorise. Quel té- ' moin déposera contre nous? Qui saura distin(pier le criminel de la \ictime?» (Hippolytus, aci. III, se. m.)

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