‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 25 sur 328 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

N^étoit-il pas plus noble, et plus .digne de vous, De joindre à ce devoir votre propre suffrage, D'opposer Votre estime au destin qui m'outrage >, Et de me rassurer, en flattant ma douleur, Contre la défiance attachée au malheur?

Hé quoi! n avez-vous rien, madame, à me répondre? Tout mon empressement ne sert qu à vous confondre. Vous demeurez muette; et, loin de /ne parler, Je vois, malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler.

MONIME

Moi, seigneur? Je n'ai point de larmes à répandre! J'obéis : n est-ce pas assez me faire entendre? Et ne suffit-il pas... ,

MITHRIDÂTE.

Non , ce n est pas assez.

*Je vous entends ici mieux que vous ne pensez ; Je vois qu'on m'a dit vrai. Ma juste jalousie Par vos propres discours est trop bien éclaircie : Je vois qu'un fils perfide, épris de vos beautés , Vous a parlé d'amour, et que vous l'écoutez. Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles; Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles. Madame; et désormais tout est sourd à mes lois , Ou bien vous l'avez'vu pour la dernière fois. Appelez Xipharès^.

' Vers qui releTe et embellit encore celai qui le précède. La peDsée qu'il renferme est aussi noble, aussi délicate que juste: rien n'est plus théâtral que la situation d*une femme entre l'amour et la Tertu, entre le devoir et le sentiment. (6.)

' Un vieillard jaloux qui remet sa maîtresse sous la garde de son

MONIME

Ah! que voulez-vous faire?

Xipharès.... •

Xipharès n a point trahi son père :

Vous vous pressez en vain de le désavouer; Et ma tendre amitié ne peut que s'en louer. Ma honte en serait moindre, ainsi que votre crime, Si ce fils, en effet digne de votre estime, A quelque amour encore avoit pu vous forcer. Mais qu'un traître, qui n est hardi qu'à m'offenser. De qui nulle vertu n'accompagne l'audace. Que Pharnace, en un mot, ait pu prendre ma place. Qu'il soit aimé, madame, et que je sois haï....

iils qui en est aime, présente une situation naturellement comique.* Pourquoi donc cette scène a-t-elle un effet tragique au théâtre, et même à la lecture ? Il y en a de bonnes raisons : d'abord , c'est que la cruauté jalouse et inflexil^e de Mithridate est déjà connue et caractérisée par les menaces qu'il a faites , et parles vengeances qu'il annonce : on doit donc craindre pour les deux amants , et Ton veut Toir comment ils se tireront d'une situation que la confiance momentanée de Mithridate ne rend que plus embarrassante et plus critique. Ensuite, c'est que la scène suivante entre Monime et Xipharès, scène où l'amour est si noblement sacrifié au devoir, est^ pathétique, et inspire un juste intérêt pour les deux amants. Enfin , c'est que les sentiments et les vers sont d'une vérité et d'uneA>eauté si touchante, que les spectateurs sont attendris jusqu'aux larmes de ce qui, sous une autre forme , le« auroit fait rire ; et c'est là que le poète est vraiment le magicien d'Horace -.fit magus. (L.)

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