ACTE II, SCÈNE IV
Allons donc assurer cette foi mutuellft. Ma gloire loin d'ici vous et moi nous appelle; Et, sans perdre un moment pour ce noble dessein. Aujourd'hui votre éppux , il faut partir demain. •
MONIME
Seigneur, vous pouvez tout:, ceux par qui je respire Vous ont cédé sur moi leur souverain empire; Et, quand vous userez de de droit tout puissant, Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant.
MITHBIDATE.
Ainsi , prête 4 subir un joug qui vous opprime , Vous n allez à lautel que comme une victime; Et moi , tyran d'un cœur qui se refîise au mien , . Même en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah, madame! est-ce là de quoi me satisfaire? Faut-il que désormais, renonçant à vous plaire. Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser? Mes malheuv, en un mot, me font-ils mépriser > ? Ah! pour tenter encor de nouvelles conquêtes ^, Quand je ne verrois pas des routes toutes prêtes, .
' Voilà d'an autre côte ce qui répare le mal ; cest parceque cet amonr méprisé seaable'étre pour Mithridate la dernière injure de la fortune, que la hauteur de son caractère forme un contraste avec sa situation , et qu^ ce contraste est douloureux et tragique. Et Toyez quel parti le poète en a ^u tirer, parcequ'il ëtoit éloquent ! Comme le héros s*indi(;ne et se rehausse à cette seule idée de mépris! «t BTec quelle juste fierté il la repousse loin de lui! Les fautes sont ici en g^rande partie celles du siècle: les ressources et les réparations sont de Tauteur. (L. )
* Ici commence une magnifique période de douze vers enchaînés Tun à l'autre avec un art admirable : période presque unique dans notre poésie, chef-d*œaTre d'harmonie et d'éloquence, qui
Quand le sort ennemi m'auroit jeté plus bas, Vaincu, persécuté, sans secours, sans états. Errant de mers en mers, et moins roi que pirate, Coasei*vant pour tous biens le nom de MitSridate, Apprenez que, suivi d'un nom si glorieux ', Par-tout de Tunivers j'attacherois les yeux; Et qu il n'est point de rois, s'ils sont dignes de Fétre, Qui, sur le trône assis, n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé, Que Rome et quarante ans ont à peine achevé ^. Vofis-méme, d'un autre œil me verrièz^vous, madame, Si ces Grecs vos aïeux revivoient dans votre ame? Et ^puisqu'il faut enfin que je sois votre époux,
montre ce que peat la langue françoise entre les mains d*un homme degënie.(G.)
' Suivi dun nom : métaphore hardie, d'autant plus heureuse qu'on la remarque à peine , et que dans son audace elle paroit simple et naturelle. Racine possède seul le secret de ces figures , qui, dans son style enchanteur, sont de vëritables inspirations du génie de la poésie et de Téloquence. (6.)
* Ce dernier vers est si beau, qu'il suffirait pour excuser ce qu'il pourroit y avoir de hasardé- dans le naufrage élevé au-dessus d'une gloire^ qu'on a tant critiqué; car plus les fautes «ont rares, moihs on les pardonne. Quant à moi, je trouverois la justification de ce vers précisément dans ce qu'on a dit pour le blâmer. On a cherclié où pouvoit être X image d'un naufrage élevé au-dessus d'une gloire ; et pourquoi y chercher une tmn^e ? pourquoi ne seroit-ce pas tout simplement une idée? et en quoi est-elle mal rendue? Ne diroit-on pas bien, même en vers, mon naufrage m'étève au-dessus de leur gloire? Qu'a fait le poète , que de mettre le naufrage à la place de la personne ? Cest toujours la seule idée de supériorité qu'il a voulu exprimer, sans prétendre faire un tableau ; et tout se réduit ici à une métonymie très permise. (L.)