THÉSÉE, OENONE
THÉSÉE
Ah! qu'est-ce que j'entends? Un traître , un téméraire ' Préparoit cet outrage à Thonneur de son père!
' Phèdre , depuis sa sortie, a eu le loisir de rëfl^cbir sur le conseil d*OEnone ; elle a pu Tapprouver dans le premier moment de son trouble, mais elle a dû révoquer depuis son consentement, si réellement elle a tant d*horreur pour une aussi noire calomnie. Poisqu elle permet volontairement à sa nourrice d'opprim«r et de noircir Finnocence , elle est donc encore plus odieuse que la Phèdre dTuripide, qui du moins n*est pas hypocrite, et qui meurt pour expier d'avance l'atrocité d'une vengeance aussi barbare. Thésée esc sorti à la fin du troisième acte, dans Tintention d'interroger Phèdre:
Que Phèdre explique enfin le trouble où je la voi.... (Act. in,«c. V.)
et il ne Ta point interrogée. 11 rentre au commencement du quatrième, k Tinstaot où QEnone vient d'accuser Hippelyte : tout annonce qu'il n'a parlé qu'à cette confidente, qu'il n'a entendu qu'elle; et il paroit déjà convaincu du crime de son fils, sur ce seul rapport, et sur l'indice très suspect de l'épée d'Hippolyte. Thésée ajoute. foi, avec une légèreté inexcusable, à l'accusation la plus monstrueuse, la plus invraisemblable. Si le jeune prince avoit réellement employé la violence, les cris de Phèdre, la fuite du témé-
4ii PHÈDRE.
Avec quelle rigueur, destin, tu me poursuis l Je ne sais où je vais , je ne sais où je suis. O tendresse! ô bonté trop mal récompensée!
raire, aaroient excité un fprsMd tumulte dans le palais; il y aaroit beaucoup de témoins : et la seule OEnone dépose! Phèdre eUe-méme se tait ! Que de motifs de douter ! M. de La Harpe croit avoir trouvé un argument nouveau, décisif, péremptoire, et sans réplique, pour justifier la crédulité de Thésée : « D*abord, dit-il, le fait esc consa- « cré par la fable; et dès-lors il est reçu que le spectateur s'y prête « jusquà un certain point... De plus, les apparences sont ici très «fortes, par la réunion des circonstances, et particulièrement M celle de Tépée d'Hippolyte, moyen fort adroit, que Racine a pris « de Sénèque. Mais la raison la plus décisive en faveur de Thésée, « et celle dont personne, que je sache, n'a fait mention, c'est que « pour ne pas croire au crime de son fils, dont il a tant d'indices, « il faut qu'il croie à un crime de sa femme encore plus 0rand , « dont il n'y a pas la moindre apparence, et qui doit lui répu^er » le plus à imaginer. Je ne vois pas de réplique à cette raison. ■ Rien n'est plus foible qu'un pareil raisonnement. Le fait est constaté par la fable; c'est-à-dire: la fable nous apprend que Thésée fit périr son fils sur l'accusation de sa belle-mère; mais les moyens de persuader Thésée étoient au choix du poëte : la fable n'en fait aucune mention. La circonstance de Tcpée est très mal imaginée; c'est une fuse grossière et un moyen fort maladroit : ce prétendn indice du crime d'Hippolyte est si invraisemblable , qu'il donne une grande apparence au crime de Phèdre. Depuis quand répugne-t-il moins à un père de croire son fils coupable d'un inceste , que de croire sa femme coupable d'une calomnie ? Depuis quand la nature parle-t-elle moins au cœur d'un père que l'amour conjugal au cœur d'un mari, qu'on ne nous donne pas comme très amoureux de sa femme ? N'est-il pas incroyable qu'un jeune homme jusque-là si vertueux, si timide, et même si sauvage, se soit porté tont-à-coup h cet horrible excès de violence à l'égard d'une femme qui n'est plus jeune, et qui est mère de famille? N'est-il pas moins invraisemblable que^hédre, qui s'est laissé enlever par Thésée , qui a