ACTE IV, SCÈNE I. 4i
Projet audacieux! détestable pensée * !
Pour parvenir au but de ses noires amours, L'insolent de la force empruntoit le secours! J^ai reconnu le fer, instrument de sa rage , Ce fer dont je Tarmai pour un' plus noble usage. Tous les liens du sang n'ont pu le retenir ! Et Phèdre différoit à le faire punir! . Le silence de Phèdre épargnoit le coupable !
OENONE
Phèdre épargnoit plutôt un père déplorable^ :
trabi sa sœur, qui a reça de sa mère un sang rempli de toutes ces horreurs, ait jeté ud œil profane sur un beau jeune homme, encore pare de son innocence et de sa pud«ur? D'ailleurs, il n'est pas ici question de croire sur-le-champ au crime de l'un des deux. Il n*y a point de nécessite de déclarer à la hâte l'un ou l'autre coupable ; mais il y a beaucoup de raisons de douter, d'examiner, d'approfondir la chose. Cest ce que ne fait point Thésée ; et c'est en cela sur-tout que pèche l'argument sans réplique de M. de La Harpe. 'Thésée, par une imprudence inconcevable, néglige le plus sûr moyen de connoître la vérité : la confrontation des accusateurs avec l'accusé; mais, dans le plan de Racine, la confrontation eût détruit le dénoûment. Il est nécessaire que Thésée soit inconséquent et crédule à l'excès. Euripide est le seul qui ait évité cet écueil, en fournissant à Thésée, par la mort de sa femme, un argument invincible contre son fils , en mettant l'innocent dans Fimpossibilité de se justifier. (G.)
' Racine observe lui-même, dans sa préface , que Thésée seroit moins agréable aux spectateurs , si on lui apprenoit que son outrage est aussi complet qu'il peut l'être. Quoique la disgrâce d'un mari ne le rendit point ridicule chez les Grecs , Euripide laisse cependant ignorer au public les expressions dont Phèdre se sert pour accuser Hippolyte. Sénèque, moins délicat, fait dire grossièrement à Phèdre qu'elle a été violée : Fim corpus tulit. (G.)
* Cest dans l'édition d'Amsterdam , 1 75o, que l'on trouve pour
4i4 PHÈDRE.
Honteuse du dessein d'un amant furieux Et du feu criminel qn il a pris dans ses yeux >, Phèdre mouroit, seigneur, et sa main meurtrière Éteignoit de ses yeux Finnocente lumière. J'ai vu lever le bras, j ai couru la sauver. Moi seule à votre amour j'ai su la conserver: Et, plaignant à-la-fois son trouble et vos alarmes, J'ai servi, malgré moi, d'interprète à ses larmes.
THÉSÉE
Le perfide! il n'a pu s'empêcher de pâlir:
De crainte, en m'abordant, je l'ai vu tressaillir.
Je me suis étonné de son peu d'alégresse;
Ses frpids embrassements ont glacé ma tendresse.
Mais ce coupableamour dont il est dévoré
Dans Athènes déjà s'étoit-il déclaré?
OENONE
Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reine: Un amour criminel causa toute sa haine.
THÉSÉE
Et ce feu dans Trézénè a donc recommencé?
OENONE
Je vous ai dit, seigneur, tout c.e qui s'est passé.
la première fois ce yers refait de la manière sutrante :
Phèdre épargnoit toujours on père déplorable.
Luneau, La Harpe, et M. Didot, ont adopté cette prétendue correction, qui n'est certainement pas de Racine. (G.)
Prendre du feu dans les yeux est une expression recherchée^ et qui n auroit pas dû tronver place dans une tragédie. Racine Ta cependant encore employée quelques vers plus bas : Et ce feu dans Treize a donc recommencé? Ce qui n est ni élégant ni poétique.