ACTE IV, SCÈNE II
Avare du secours que j attends de tes soins, Mes vœux t'ont réservé pour de plus grands besoins : Je t'implore aujourd'hui. Venge un malbeureux père ; J'abandonne ce traître à toute ta colère ; Étouffe dans son sang ses désirs effrontés : Thésée-à tes fureurs connottra tes bontés.
HIPPOLYTE
D'un amour criminel Phèdre accuse Hippoly te ! Un tel excès d'horreur rend mon ame interdite ; Tant de coups imprévus m'accablent à-la-fois, Qu'ils m'ôtent la parole , et m'étouffent la voix.
THÉSÉE
Traître, tu prétendois qu'eti un lâche silence Phèdre enseveliroit ta brutale insolence : Il falloit, en fuyant, ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ; Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie, Lui ravir tout d'un coup la pâi'ole et la vie.
HIPPOLYTE
D^un mensonge si noir justement irrité,
• Voto peperct. Redde nnnc pactam fidem , « Genitor. »
{Hippofytus, act. UI, se. m.)
« Neptane m'd permis de Ini adresser trois vœux, et il a juré par le Styx de les exaucer. Dieu de» mers, acnorde-moi aujourd'hui cette faveur funeste. Que le jour qui nous éclaire soit le dernier • d*Hippo]yte ! Prête à ton fils un horrible secours. Il n'eût jamais imploré ta puissance, sans le poids des maux qui Faccablent. Dans les abîmes du Tartare, an milieu des divinités infernales, malgré les menaces terribles du roi des morts , je n ai point réclamé ta promesse. O mon père! c*est maintenant que tu dois raccom> pKr. »
4i8 PHÈDRE.
Je devrois faire ici parler la vérité.
Seigneur; mais je supprime uu secret qui vous touche.
Âppnmvez le respect qui me ferme la boudie »
Et, sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis ,
Examines ma vie, et songes qui je auis.
Quelques crimes toujours précédent les grands crimes ;
Quiconque a pu frani^r les bornes légitimes
Peut violer enfin les droits les plus sacrés :
Ainsi que la vertu , le crime a ses d^és > ;
Et jamais on n'a vu la timide innocence
Passer subitement à rejLtrême licence.
Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux
Un perfide assassin» un lâche incestueux.
Élevé dans le sein d une chaste héroïne.
Je n'ai point de son sang démenti lorigijae.
Pitthée, estimé, sage entre tous les humains,
Daigna m'instruire encore au sortir de ses mains.
Je ne veux point me peindre avec trop d avantage ;
Mais si quelque vertu m'est tombée en partage.
Seigneur, je crois sur-tout avoir Eût éclater
La haine des forfieuits qu'on ose m'imputer.
C'est par-là qu'Hippolyte est connu dans la Grèce.
J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse :
' Où a toujours admiré cette justification d*Htppolyte, ^ale* ment remarquable par la mesure et par la force. Les maiimea gépërales, extrêmement rares dans Racine, qui les tourne toujours * en sentiments, sont ici d*un grand e^t, parceque Tapplication en est si sensible, que les conséquences immédiates de ces fprandes vérités sont l'apologie nécessaire et évidente du Tertueux Hippolyte. (L.)