‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 263 sur 328 · ACTE IV, SCÈNE VI. 4a · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI. 4a

J'ai pâli du dessein qui vous a fait sortir; J'ai craint une fureur à vous-même fatale.

OBnone, qui Feût cru? j avois une rivale !

OENONE

Comment!

PHÈDRE

Uippoiyte aime; et je n en puis douter. Ce farouche ennemi qu^on ne pouvoit dompter, Qu^ofiensoit le respect, quHmportunoit la plainte, Ce tigre, que jamais je n'abordai sans crainte , Somnis, apprivoisé, reconnoit un vainqueur : Aricie a trouvé le chemin de son cœur.

OENONE

Aricie?

PHÈDRE

Ah I douleur non encore éprouvée !

A quel nouveau tourment je me suis réservée! Tout ce que j ai souffert, mes craintes, mes transports, La fureur de mes feux, Thorreur de mes remords , Et d'un cruel refus l'insupportable injure, N'étoit qu'un foible essai du tourment que j'endure. Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux? Comment se sont-ils vus? depuis quand? dans quels lieux? Tu le savois : pourquoi me laissois-tu séduire? De leur furtive ardeur ne pouvois-tu m'instruire? Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher? Dans le fond des forêts alloient-ils se cacher? Hélas ! ils se voyoient avec pleine licence : Le ciel de leurs soupirs approuvoit Titmocence;

4a6 PHÈDRE.

Ils sui voient sans remords leur pendiant amoureux;

Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux!

Et moi, triste rebut de la nature entière,

Je me cachois au jour, je fuyois la lumière;

La mort est le seul dieu que j'osois implorer.

J attendois le moment où j'allois expirer;

Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée,

Encor, dans mon malheur de trop près observée ,

Je n'osois dans mes pleurs me noyer à loisir.

Je goûtois en tremblant ce funeste plaisir;

Et, sous un front serein déguisant mes alarmes,

Il falloit bien souvent me priver de mes larmes.

OENONE

Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours? Ils ne se verront plus.

PHÈDRE

Ils s'aimeront toujours ! , Au moment que je parle, ah, mortelle pensée! Ils bravent la fureur d'une amante insensée! Malgré ce même exil qui va les écarter ', Us font mille serments de ne se pmnt quitter.- Non , je ne puis souffrir un bonheur qui m'outrage ; QEnone, prends pitié de ma jalouse rage. Il faut perdre Âricie; il faut de mon époux Contre un sang odieux réveiller le courroux : Qu'il ne se borne pas à des peines légères; Le crime de la sœur passe celui des frères. Dans mes jaloux transports je le veux implorer.

' Écarter ^our séparer: c'est une ellipse; il faut soufi-entendre i\in de l\iulte» (G.)

Page 1