ACTE II, SCÈNE VI. 5i
Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire; Et, lorsque ce matin j'en écoutois le cours, Mon cœur vous répondoit tous vos mêmes discours. Inutile, ou plutôt funeste sympathie!
Trop parfaite union par le sort démentie ! Ah! par quel soin cruel le ciel avoit-il joint Deux cœurs que Tun pour Tautre il ne destinoit point! Car, quel que soit vers vousiJe penchant qui m'attire, Je vous le dis, seigneur, pour ne plus vous le dire, , Bla gloire me rappelle et m'entraîne à Faute! , Où je vais vous jurer un silence éternel ■ . J^entends , vous gémissez ; mais telle est ma misère , Je ne suis point à vous, je suis à votre père 3. Dans ce dessein vous-même il'iaut me soutenir, Et de mon foible cœur m'aider à vous bandir. J attends du moins, j'attends de votre complaisance
' Qae de sentiment et d'intérêt dans cette expression si neuve : vous jurer un silence étemel! Jurer un amour éternel, voilà ce que tout le monde'peut dire; mais jurer un silence^ et un silence éternel I laaîs le jurer à son amant, il n*y a que Racine qui 1 ait dit. Et combien d'idées délicates sous-entendues dans cette expression 1 Dans le fait, ce n'est pas à lui ijn'elle le jurera : il ne sera pas à laatel ; elle ne prononcera point ce serment : c'est à son cœur, c est à son devoir, c'est à son époux qu'eUe doit l'adresser .^Le seul mérite qui manque à cette scène, c'est qu'elle n'est pas absolument originale : die a beaucoup de rapports avec celle de Sévère et de Pauline, et souvent c'est le même fonds ^*idées. Mais, quj^ique la scèoe de Corneille soit regardée avec raison comme une de ses plus belles, il n'en est pas moins vrai que , si Corneille a ici l'avantage de la création, Racine a celui de l'exécution. (L.)
' ^AK Mais telle est|^ misère,
Je ne inis point k moi , je suit à votre père.
Que désormais pa]>-tout vous fuirez ma présence ^ J'en viens de dire assez pour vous persuader Que j'ai trop de raisons de vous le commander. Mais après ce moment, si ce cœur magnanime D un véritable amour a brûlé pour Monime» Je ne reçonnois plus la foi de vos discours ^ Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.
XI%pIARÈS. •
iQuelle marque, grands dieux Td un amour déplorable!
Combien, en un moment, heureux et misérable!
De quel comble de gloire et de félicités,
Dans quel abyme affreux vous me précipitez!
Quoi! j'aurai pu toucher untœur comme le vôtre,
Vous aurez pu m'aimer ; et cependant un autf e *
Possédera ce cœur dont j'attirois les vœu^T!
Père injuste, cruel, mais d'ailleurs malheureux!...
Vous voulez que je fuie , et que je vous évite ;
Et cependant le roi m'attache à votre suite.
Que dira-t-il?
MONIME
N'importes il me faut obéir.
Inventez des raisons qui puissent leblouir. D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême : •Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-même, Tout ce que, pour jouir de leurs contentements, L'amour fait invenler aux vulgaires amants. Enfin, je me connois , il y va de ma vie : De mes foibles efforts ma vertu se défie.
' Var. Que déiormais par-toat vous fuyiez ma présence.